Tricherie, malhonnêteté… Les détracteurs de cette pratique -actuellement prohibée dans l’enseignement supérieur public – multiplient les critiques et jettent l’anathème sur ces élèves qui, titulaires d’un scientifique et désireux d’intégrer une grande école de commerce, choisissent de poursuivre leurs études dans un établissement privé et d’intégrer la voie économique, dite ECE.
Ces critiques -dont il est permis de penser qu’elles sont aussi teintées de l’éternelle rivalité entre système public et système privé- doivent être nuancées.

De qui émanent-elles ?Principalement des élèves de ES, qui se sentent dépossédés de places qui leur reviendraient de droit, dans une filière créée spécialement pour eux. Mais elles sont également le fait d’élèves de S suivant la filière classique (c’est à dire allant en ECS) qui craignent que ces mêmes élèves, aidés par le différentiel du niveau de mathématique en voie E, n’obtiennent de meilleures notes en et ne leur volent des places.

Répondons d’abord aux ECS inquiets. Que faut il penser, dans ce cas, des élèves qui, après une première année en MP ou PC, rejoignent une ECS? Le différentiel de niveau en mathématiques entre la filière économique et la filière scientifique est pour le moins aussi important qu’au sein même de la filière économique, entre les voies E et S. Une telle réorientation est permise dans le système public: est elle moins inégalitaire que la première ?
Par ailleurs, les élèves qui choisissent d’aller en ECE sont dans l’immense majorité des cas des élèves qui sont affligés d’un handicap certain en mathématiques, ce qui les condamnerait à demeurer dans les profondeurs des classements s’ils concourraient dans la voie S. Pourquoi vouer ainsi des étudiants à la médiocrité, sinon à l’échec, sachant qu’ils pourraient briller dans une voie où le niveau serait à leur portée ? Faut il vraiment barrer les portes des écoles de commerce aux élèves de terminale S moins bons que leurs camarades en mathématiques ?
Enfin, penser que passer en ECE après une TS ,c’est la voie royale pour intégrer une très bonne école de commerce, c’est se méprendre sur la quantité de travail nécessaire en voie E, notamment en AEHSC. Le choix d’une voie E, quand on se sait un peu juste en maths, est simplement le choix du travail,de la persévérance et de la volonté. Travail pour renforcer ses acquis en mathématiques, de manière moins brutale qu’en ECS, persévérance et volonté pour combler les lacunes béantes en économie. C’est la seule voie où, logique des concours oblige (étant donné le coefficient affecté aux mathématiques)ils aient une chance de briller, il est donc irrationnel d’empêcher ces élèves de s’y engager.

Quand aux élèves de terminale ES, qui s’estiment les plus lésés, il ne fait aucun doute qu’ils font les frais de la baisse du niveau de mathématiques constatée au baccalauréat, principalement dans leur section. C’est donc à l’Education nationale, qui ne peut certes pas baisser les niveaux exigés aux concours, d’élever le niveau dans les classes antérieures, afin que le baccalauréat économique se sorte de cette impasse où il s’est engagé, ouvrant de moins en moins de débouchés et de plus en plus concurrencé par le bac S.

Il apparaît en tous cas que les élèves qui recourent à cette méthode, loin d’être les fraudeurs machiavéliques que l’on dépeint, sont simplement des élèves désireux d’intégrer une voie où ils pourront donner le meilleur d’eux mêmes, opportunité qui devrait être automatique et que seul le système privé leur offre.

La réponse est manifestement entre les mains de l’Education Nationale.

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