Chroniques d’un diplômé HEC: J’ai fait HEC

Loïc m’ayant aimablement proposé de tenir une rubrique afin d’y présenter mon cursus académique et mon parcours professionnel, voici donc une première description de ces derniers, qui je l’espère pourra apporter aux visiteurs du site prepa-.org et futurs concourants aux grandes écoles de commerce quelques informations et précisions utiles.

J’ai toujours été bon élève, au moins dans les matières qui m’intéressaient. Lorsque j’ai eu mon baccalauréat scientifique option mathématiques (mention assez bien) en 2004, plusieurs de mes professeurs de ainsi que des membres de ma famille m’ont conseillé de m’inscrire en école préparatoire aux écoles de commerce et/ou de sciences politiques, puisque j’hésitais entre ces deux spécialités (ayant initialement envisagé de me lancer dans une carrière journalistique).

après le bac: HEC ou Sciences Po ?

On jugeait que ces écoles m’apprendraient un “vrai métier” où je pourrai “faire de l’argent,” et qu’il était beaucoup plus sûr d’y envoyer ses enfants qu’à l’université. Le cursus durait cinq, voire six ans : deux ans de classes préparatoires aux et trois ans dans l’école qui m’accepterait, voire quatre (en comptant les “stages” qui “m’aideraient à trouver un emploi” et me rendraient “autonome”). J’ai très vite accepté de suivre cette filière, étant donné que mes matières fortes (mathématiques, français, philosophie, anglais, histoire) étaient les mêmes que celles mises à l’honneur dans ce(s) cursus, et que j’avais alors également comme projet d’ouvrir un magasin de disques (apparemment j’avais à cette époque plus de projets que de temps pour tous les réaliser : mais n’est-ce pas le cas de toutes les jeunes personnes ?).

Lorsque les réponses sont arrivées un mois plus tard, j’ai dans un premier temps été déçu : les écoles préparatoires aux concours des instituts d’études politiques auxquelles j’avais postulé avaient toutes refusé ma candidature. Il ne me restait que les classes préparatoires scientifiques aux écoles de commerce, mais les meilleures avaient également refusé ma candidature. Par la suite, j’ai appris que cela était du à l’origine géographique de ma candidature, puisque j’avais passé mon baccalauréat dans un lycée français à l’étranger, et que les dossiers venant de l’étranger sont (comme un professeur de Lakanal me l’a expliqué plus tard) systématiquement relégués au bas de la pile. En revanche, mon dossier avait été accepté par un lycée situé dans les Hauts-de-Seine, à trente minutes en train du futur domicile de mes parents en Essonne. Une autre prépa m’avait accepté dans l’Essonne, mais elle était mal desservie par les transports en commun, ainsi qu’une troisième dans ma ville natale en Bretagne. J’ai choisi la première école pour y suivre la préparation, ce qui me semblait pratique car je ne préférais pas me retrouver en internat dans une classe préparatoire de province. J’ai donc fait ma rentrée au Lycée Descartes en septembre.

Pendant la : organisation du travail

J’ai rencontré relativement peu de difficultés au cours des deux années de préparation, grâce à un travail régulier et à mes trois matières fortes (les maths, l’anglais et le français) qui me donnaient un bon niveau général et me permettaient de me concentrer sur le reste de la préparation (surtout la “culture générale,” les épreuves orales et l’économie). Je dois remercier ici mon professeur d’HIGEC et ma professeure de mathématiques de deuxième année pour leur dévouement. Mme Ozerée a organisé en fin de deuxième année des préparations intensives qui ont beaucoup aidé les trois élèves qui présentaient les écoles dites “parisiennes,” dont je faisais partie. Dès le début des cours, j’avais compris que le travail personnel était capital, surtout dans une classe dont certains professeurs étaient plutôt médiocres (notamment en français et en philosophie) : mes fiches de formules de maths, la méthodologie de dissertation que je m’étais inventée ainsi que la culture générale que je m’étais faite au gré de mes lectures (notamment en philosophie, étant donné que notre professeure en la matière avait décidé de ne traiter que de l’époque des Antiques grecs au cours de ces deux années, nous laissant démunis en références modernes : les Lumières, le positivisme, l’existentialisme, etc., n’étaient connus de moi que grâce à mon travail personnel) ont sans doute joué un rôle-clé dans ma réussite aux concours des grandes écoles de commerce.

J’étais confiant dans mes chances de réussir les concours, mais je n’aurais jamais imaginé avoir autant de “chance” lors des épreuves écrites. Je connaissais la plupart des sujets et j’avais réussi à gagner des points sur des questions que je ne connaissais pas, même aux épreuves pourtant difficiles des plus hautes écoles du . J’ai passé les concours écrits des banques IENA, , EDHEC, ESCP, EM Lyon, ESSEC (dont les fameux tests psychotechniques), HEC. Je m’étais entraîné mentalement et même physiquement, et au moment où je passais les épreuves j’étais aussi vif qu’il m’était possible de l’être. Tout cela m’avait finalement semblé plutôt facile, en y repensant.

Epreuves écrites des concours

Mais à l’époque, lorsque les résultats des épreuves écrites étaient tombés, j’avais été le premier surpris : j’avais obtenu un bon classement non seulement à l’EDHEC et à l’EM Lyon (qui étaient les écoles que je visais) mais aussi à l’ESCP, à l’ESSEC et même à HEC. Il faut dire que je m’étais d’abord inscrit aux épreuves de ces “grandes” écoles sans “grande” conviction, et mon excuse pour les présenter était que mon statut de boursier m’octroyait une réduction des frais de participation aux concours. Sans doute qu’à cette époque, je devais vraiment aimer la “compétition” puisqu’au total, j’avais passé les concours d’une quinzaine d’écoles allant de l’ Pau à HEC, avec pour objectif au moins une école de province dite ECRICOME, sinon l’EDHEC ou l’EM Lyon, dont je redoutais toutefois les épreuves de mathématiques. C’était plutôt une très bonne surprise, surtout vu que venant d’une “prépa” inconnue au bataillon, je défiais en quelque sorte les probabilités : j’étais une sorte “d’erreur de la nature.”

J’avais passé mes épreuves écrites à l’école préparatoire de Sainte-Geneviève-des-Bois à Versailles. J’ai par la suite retrouvé beaucoup des élèves de cette école lors des épreuves orales des écoles parisiennes. Tous les élèves de classes préparatoires savent que les meilleures prépas (Sainte-Geneviève-des-Bois, Janson de Sailly, Henri IV, Louis le Grand, Montaigne) mènent aux meilleures écoles, et ce pour plusieurs raisons : un excellent niveau général, un travail intensif ainsi que les liens entretenus par les professeurs de ces écoles avec les comités de rédaction des épreuves écrites et orales. Oui, certains élèves issus de ces classes préparatoires d’élite connaissent les sujets à l’avance, et c’est une véritable injustice pour les autres. Mais mon histoire prouve que même en faisant ses classes dans une école moyenne, et avec un peu de “jugeote” et de volonté, les meilleures écoles restent accessibles. (Cependant mon histoire prouve aussi qu’elles ne méritent pas entièrement leur réputation d’être les “meilleures” : je pourrai y revenir.)

La “jugeote” est particulièrement importante lors des épreuves orales, où les examinateurs essaient de vous piéger et de vous pousser dans vos retranchements, et vous pénalisent si vous ne jouez pas le jeu. Comme je n’avais eu qu’une seule mauvaise note aux épreuves écrites (en deuxième langue vivante), j’avais pu m’en sortir avec une moyenne honorable. Mais aux épreuves orales, j’avais des mauvaises notes à la moitié des matières, dans des disciplines telles que l’arithmétique, la joute oratoire, la question de philosophie, etc. Au final, je me suis positionné dans les derniers candidats à HEC et dans les premiers à l’ESSEC. J’ai alors fait comme le feraient la plupart : j’ai choisi HEC, d’autant que l’école était beaucoup plus proche du domicile de mes parents (et du travail de mon père) que l’ESSEC (qui se trouve à Cergy dans le Val d’Oise). Mes parents étaient très fiers de moi, c’était la liesse à la maison. Les résultats des autres écoles, dont certaines comptaient sur ma présence pour leurs épreuves orales, sont ensuite tombés dans l’indifférence générale.

Epreuves orales des concours

J’avais passé certaines épreuves orales par sécurité : l’ESC Reims, l’EDHEC à Nice, l’EM Lyon, l’ESCP, l’ESSEC (je pourrai revenir sur ces épreuves et la façon dont je les ai passées), et j’avais été accepté à toutes ces écoles, qui me courtisaient du fait de mon bon classement. Suivant la hiérarchie alors en vigueur, tout le monde optait pour HEC, qui était la première école, puis la liste de candidats dégringolait vers le bas du classement jusqu’à l’ESC Pau ou Amiens ou autre. J’aurais pu choisir n’importe quelle école parmi celles qui m’avaient accepté, mais (de la même manière qu’on m’avait “conseillé” de faire une prépa plutôt que d’aller à l’université) mes professeurs ainsi que mon entourage m’ont pressé d’opter pour HEC, croyant sûrement que cela me garantirait une bonne situation à l’avenir (ce qui n’a aucun rapport en réalité, comme le savent ceux qui ont fait ce cursus), et peut-être trompés comme moi par l’idée que suivre les cours de cette école me permettrait ensuite de “monter à Paris” (erreur peut-être causée par la mention “HEC PARIS” présente sur toutes les brochures de l’école – l’école se trouve en réalité à Jouy-en-Josas, un village isolé des Yvelines). Je ne pense pas que le fait d’aller dans une autre école aurait pu changer quoi que ce soit à la suite de mon parcours, étant donné que ces écoles sont en réalité équivalentes et préparent aux mêmes métiers. Je n’aurais certes pas pu bénéficier du fameux “réseau HEC,” mais il était certain que d’autres réseaux devaient exister pour d’autres écoles, ce afin de faire marcher le système de stages et de forums pour l’emploi, et surtout de justifier les coûts d’. Mais aurais-je trouvé dans ces écoles des cours et des débouchés plus intéressants ? Rien n’est moins sûr, et je reviendrai sans doute sur ce point dans une prochaine rubrique…

Merci à Loïc de m’avoir proposé de tenir cette rubrique, dont j’espère qu’elle rencontrera du succès et pourra aider certains d’entre vous dans votre préparation. N’hésitez pas à m’écrire pour me suggérer des précisions, des sujets à aborder, etc. et je tenterai de vous répondre dans mes prochains articles.

A propos Simon Rameau 3 Articles
Diplômé HEC de la promotion 2010. Un master en management spécialité médias, arts et création m'a été délivré à l'issue de ma formation, avec la mention Bien, décernée à mon mémoire de fin d'année sur le thème de "L'influence de l'hypertexte dans la création et l'édition d'oeuvres de l'esprit". Depuis ma sortie de l'école et après un bref passage en entreprise au sein d'une entreprise de conseil en recrutement et ressources humaines, j'ai fondé ma propre structure (Stendhal Syndrôme), spécialisée dans l'édition de disques, de livres et de diverses publications.