Introduction

La sécurité alimentaire est une source d’inquiétude permanente des sociétés humaines depuis leur origine :
Dans les pays riches, la crainte de la pénurie ayant disparu, l’inquiétude s’est déplacée vers la question de la sécurité sanitaire.
Dans les pays pauvres, la lutte contre la malnutrition demeure un enjeu majeur des politiques de développement.
Jusqu’à présent les OGM ne servent pas le combat contre la faim mais cristallisent les inquiétudes.
Le contrôle de l’approvisionnement des populations demeure un enjeu géopolitique majeur pour les pays pauvres.

Les enjeux de la sécurite alimentaire ou le défi alimentaire

I. L’insécurité alimentaire dans le monde

A. La faim recule lentement et inégalement selon les continents

On distingue sous-alimentation ou sous-nutrition, et malnutrition.
Sous-alimentation : apport calorique insuffisant.
Malnutrition : ration nutritionnelle déséquilibrée, déficitaire et carencée.

2 milliards d’individus souffrent de malnutrition.
Un nombre équivalent jouit d’une abondance alimentaire sans précédent.
1999-2001 : 842 millions de personnes sous-alimentées.
L’Asie orientale compte 505 millions de personnes sous-alimentées.

La faim recule mais ne disparaît pas. Les personnes sous-alimentées ne représentent plus que 18 % de la pop. des PED en 2001, contre 35 % en 1970. Mais la baisse se réduit à 100 millions de personnes en raison de l’& générale de la population entre ces deux dates.
Les progrès sont remarquables en Asie du Sud et de l’Est, où la proportion de personnes sous-alimentées est passée de 40 à 15 % de la population totale.
En Afrique subsaharienne, 1/3 de la population totale. Dans de nombreuses régions rurales de l’Afrique australe existe une interdépendance entre le VIH et l’insécurité alimentaire (les jeunes meurent du sida => pénurie de main d’œuvre pour l’agriculture).
La faim n’a pas reculé dans cette région : & du nbre de personnes vivant avec moins de 1 $/ jour, jusqu’à près de 1 africain sur 2 en 2004.
Plus la part du budget des ménages consacrée à l’alimentation est importante, plus l’incidence de la sous-alimentation dans une population est forte. Cette part va jusqu’à 80 % du budget dans les pays pauvres (10 % aux USA et 15 % en France). Plus la proportion d’agriculteurs dans la pop. active est élevée, plus le pays souffre de la faim.
Dans les pays industrialisés, les besoins nutritionnels des populations pauvres sont partiellement assurés par des programmes de distribution de nourriture : les Restaurants du cœur en France ou bien Food Stamps aux USA. Un Programme Alimentaire Mondial (PAM) a été lancé en 1963 par l’ONU.

B. La récurrence des famines, un scandale et un paradoxe

24 000 personnes meurent chaque jour de faim : « tragédie banalisée » (S. Brunel).
La production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir l’humanité. Si l’on affectait à l’aide alimentaire 10 % des stocks mondiaux de céréales, le prob de la malnutrition serait provisoirement résolu. Mais plongeraient dans l’assistance des millions de personnes et de producteurs locaux.
La sécheresse est la principale cause évoquée. Les inondations également. Pourtant en 1983 une sécheresse terrible aux USA et en Australie n’a causé aucune victime. « Le couple sécheresse/famine n’existe que dans un contexte d’aménagement erroné, de désorganisation économique et politique, de sous-développement et surtout de pauvreté ».
Les pays du Sahel et du Mozambique ont mis en place des plans antifamine :

  • réserves alimentaires
  • Systèmes d’Alertes Précoces (SAP) gérés conjointement par les ONG, les agences internationales et les administrations nationales
  • surveillance climatique assuré par le système mondial d’information et d’alerte rapide de la FAO (Food and Agriculture Organization)
  • distributions alimentaires
  • distributions de semences et d’outils aux agriculteurs en difficulté

Cependant, désormais, les crises alimentaires sont presque toujours liées à des conflits armés, civils ou internationaux.
Les seigneurs de la guerre qui luttent pour le pouvoir et le contrôle des richesses locales sont les principaux responsables des famines. Le recrutement forcé des enfants prive les familles d’une importante force de travail. Les groupes armés pillent et détruisent les récoltes pour asservir les populations dans les territoires qu’ils contrôlent.

C. Malbouffe et crises sanitaires

L’homme éprouve le besoin d’un minimum de variété alimentaire, mais la recherche de nouveaux aliments implique une prise de risque, si l’aliment est inconnu. Inversement, les aliments sont recherchés pour leurs vertus curatives, médicales et préventives.
En 1930 la création de la Food and Drug Administration (FDA) trouve son origine dans la multiplication des controverses publiques sur les pratiques frauduleuses de l’industrie alimentaire américaine.
1905 en France : première législation de protection du consommateur, et 1939 obligation du contrôle du lait par les inspecteurs départementaux de la Répression des fraudes.
Entre 1999 et 2001, la conjonction de la réapparition de la fièvre aphteuse, de l’épizootie de vache folle et de l’intoxication des poulets par la dioxine a entraîné une crise de confiance des consommateurs européens et une ( de la consommation de viande. L’UE a décidé de créer une Autorité alimentaire européenne.
Les craintes les + vives des autorités sanitaires et de la FAO concernent actuellement le continent asiatique, où la densité des populations favorise la propagation rapide des maladies d’origine alimentaire. Les experts incriminent la contamination des aliments par les pesticides et produits phytosanitaires utilisés dans l’agriculture.
Les préoccupations sanitaires ne sont donc plus un luxe réservé aux pays industrialisés.

II. Les voies et les enjeux de l’autosuffisance alimentaire

A. L’enjeu de l’autosuffisance agricole

Les disponibilités alimentaires moyennes par hab se sont accrues, apportant ainsi un démenti aux thèses de Malthus qui avait prédit que la production alimentaire ne pourrait jamais & au même rythme que la population.
Les progrès récents ont été obtenus grâce à une & des rendements agricoles.
Les tensions agraires s’accroissent ; exemple des Tutsis et des Hutus au Rwanda où l’accès au foncier est un des enjeux du conflit qui les opposent.
Dans les PED les transformations les plus décisives procèdent de la révolution verte. Celle-ci consiste dans la culture de nouvelles Variétés hybrides de céréales à Haut Rendement (VHR). Les premières recherches sur les hybrides ont débuté dès 1943 dans un centre de recherche agronomique mexicain, dirigé par Norman Borlaug et financé par la fondation Rockfeller. L’introduction des VHR impose la modification des modes de prod° agricole, car les variétés sont vulnérables à la sécheresse, aux maladies et aux parasites, et elles sont exigeantes en termes d’apports nutritifs.
Le paysan doit investir davantage de travail et de capital dans son champ et dans ses frais de culture, avant toute récolte.
La révolution verte fait souvent l’économie d’une révolution rouge redistributive des terres, accentuant les contrastes sociaux et spatiaux. Ainsi en Inde, les campagnes déshéritées du Dekkan, et du Bihar, ont été tardivement et faiblement touchées par la révolution verte, au contraire du « riche » Pendjab qui est devenu le grenier à blé du pays.
La révolution verte est efficace dans les pays où la structure agraire n’est pas fortement inégalitaire, comme en Asie Orientale, où les producteurs ont en outre reçu des aides publiques + politique de soutien aux prix agricoles.

En Afrique, le paysan n’est pas incité à produire, en raison de prix peu rémunérateurs, et de débouchés aléatoires.
Les politiques alimentaires ont consisté à subventionner implicitement la conso alimentaire dans les villes en maintenant des prix bas pour l’alimentation, au détriment de la paysannerie.
Les Etats africains n’ont pas favorisé l’investissement et le progrès technique. Néanmoins espaces agricoles dynamiques tels floriculture autour de Nairobi.

La révolution verte rencontre ses limites ; les rendements n’& plus et les maladies se multiplient + vulnérabilité croissante des plantes aux aléas climatiques.
Depuis 1994 la FAO propose de lancer la révolution doublement verte : poursuivre l’intensification des zones à haut potentiel, tout en respectant mieux l’environnement, et se concentrer sur les zones à moyen et faible potentiel.
L’essentiel du complément alimentaire à la prod° agricole est attendu de la pêche.

B. L’intensification de la peche au risque de la surpeche

Les disponibilités de poisson/ hab se répartissent inégalement selon les régions du monde.
Les plus faibles valeurs concernent les PED d’Afrique et d’Amérique Latine. Les plus fortes concernent les pays dvp et la Chine. Le Japon est devenu en moins de 20 ans le plus gros importateur de poisson .
Il semble que l’on ait atteint la limite maximale pour la pêche de capture ; selon la FAO, 28 % des réserves mondiales des espèces pêchées de poisson seraient épuisées ou en voie de l’être, et 47 % auraient atteint un niveau critique.
Les ressources marines sont dégradées par la pollution et la surpêche, qui se traduit par la diminution de taille et de volume des prises, puis par la disparition des espèces les plus pêchées.

En 15 ans, les océans ont perdu entre 50 et 90 % de leurs réserves en gros prédateurs, thons, poissons plats et morues.
L’aquaculture n’est pas la solution, puisque la plupart des espèces d’élevage sont carnivores et donc nourries avec du poisson capturé en mer.

En 1995, la FAO a adopté un code de conduite pour une pêche responsable : ajuster le volume des captures à la capacité de renouvellement du stock halieutique.
En UE, mise en place des Totaux Admissibles de Capture (TAC).

Juillet 1992 : le gouvernement canadien ferme la pêcherie de morues de Terre-Neuve. Perte de 40 000 emplois et pourtant la morue n’est pas revenue.

C. Les enjeux de la révolution génétique

En modifiant la composition génétique, on peut & la résistance des plantes aux ravageurs, et à la sécheresse, et ( la conso de pesticides etc.
On peut ajouter des compléments alimentaires aux plantes. Les OGM sont mieux adaptés aux processus de transformation des IAA, car + résistants.

Mais incertitudes de la science : principe de précaution mis en avant dans le protocole de Carthagène sur la biosécurité en 2000, signé par 50 pays.
1998 : l’UE impose un moratoire sur l’autorisation de nouvelles mises sur le marché de produits transgéniques.
2003 : elle autorise la commercialisation en fixant des règles de traçabilité.

Autre source d’inquiétude, l’OMC a entériné en 1994 dans le cadre des accords TRIPs le principe de la brevetabilité du vivant. Face au risque d’être dépossédée d’une partie de son patrimoine génétique (riz basmati) l’Inde a intenté une procédure auprès de l’OMC.
Enjeux économiques pour l’industrie des biotechnologies, marché potentiel estimé à 120 milliards de dollars en 2010. Monsanto, Du Pont (rachat de Pionner), Syngenta (suisse) et Bayer.
Malgré oppositions, en 2002 les cultures OGM représentent 5 % des surfaces cultivées dans le monde, contre 0,56 % en 1996. Les USA ont le monopole, avec 2/3 du total. Les OGM représentent 75 % de la production de soja.
Dans certains PECO, et même au Brésil (commercialisation autorisée par Lula).

L’union européenne est-elle trop prudente ? Ne court-elle pas le risque de manquer le train de la révolution génétique et de perdre ainsi un important avantage concurrentiel, alors que les rivalités commerciales s’aiguisent sur le marché agroalimentaire mondial ?

III. Les enjeux commerciaux et géopolitiques des échanges agro-alimentaires

A. Des échanges alimentaires internationaux orientés vers les besoins des populations du Nord

Les PED n’assurent que 30 % du international de produits agroalimentaires.
Les échanges les + importants s’effectuent entre pays industrialisés, surtout pays européens.
Les espaces qui connaissent le plus fort déficit alimentaire sont l’aire méditerranéenne et proche orientale, le Nord-est de l’Asie et les pays en transition + Russie.
Ce sont des marchés que convoitent les exportateurs des pays riches et la dizaine de grandes firmes multinationales qui contrôlent les échanges agricoles internationaux.

Le Sud fournit le Nord en poisson. Les principaux acheteurs sont le Japon, les USA et la CE qui achète la moitié de sa conso à l’extérieur.
Le Japon importe plus de la moitié de son alimentation ; sans subir une dépendance quelconque ou connaître de pénuries alimentaires.
Parmi les PED, les + grands exportateurs de produits agricoles souffrent moins de la malnutrition (Thaïlande, Malaisie) que les pays qui participent faiblement aux échanges internationaux (Cambodge, Laos). Les producteurs font des efforts de productivité et qualité.

B. Les contradictions de la libéralisation des échanges agricoles internationaux

Selon la Banque Mondiale en 1986 : « la plus grande partie des exportations alimentaires mondiales provient de pays industrialisés, où la prod° alimentaire coûte cher, et elle est consommée dans les pays en développement, où les coûts sont bas. »
L’agriculture est demeurée après 1945 en dehors du processus de libéralisation des échanges internationaux. Elle reste soumise à des restrictions et autres contingentements (riz en Corée du N et au Japon).
Dans les PDEM, subventions et systèmes de prix garantis.

C. Les enjeux géopolitiques de l’aide alimentaire

L’aide alimentaire est actuellement constituée surtout de dons en denrées et en devises. L’aide d’urgence est devenue plus importante que l’aide apportée dans le cadre de projets ou de programmes d’aide alimentaire.
La quasi-totalité des livraisons de céréales est répartie entre 3 régions :

  • L’Afrique subsaharienne qui reçoit la moitié
  • L’Asie du Nord-est
  • Moyen-Orient

Le gouvernement d’un pays donateur peut orienter son aide vers les pays amis et la refuser à des pays dont le gouvernement s’oppose à lui.

Les exportations agroalimentaires peuvent-elles servir lors aux gouvernements des pays exportateurs de moyen de pression en vue d’infléchir des décisions politiques chez des pays importateurs ? (invasion de l’Afghanistan par l’URSS =>suspension des exports US de blé).

Conclusion

1996 : 2è sommet mondial de l’alimentation à Rome. Droit à chacun à une « nourriture saine et nutritive ».
Les biotechnologies offrent des perspectives favorables pour l’agriculture des PED mais seule une minorité d’agriculteurs en profite.
Les pays dvp préfèrent traiter les famines par l’aide d’urgence. Pourtant, leur éradication asse d’abord par un renforcement de la démocratie et par la garantie de la sécurité des populations.

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