L’effondrement du communisme…La Disparition du modèle soviétique

III. Les transformations structurelles difficiles, inachevées en 2000

D. La nouvelle Russie Face à la mondialisation et à un nouveau régionalisme ? (Russie nouvelle puissance régionale ?)
1. Le extérieur russe est excédentaire depuis surtout le milieu des années 1990

Les relations commerciales sont largement orientées vers l’Europe (60 % en 1995),

Pour son commerce extérieur hors C.E.I., la Russie est exportatrice de produits minéraux bruts (69 % de la valeur des exportations en 1995), pétrole et gaz en représentant à eux seuls 45 %.

Les importations portent surtout sur les biens d’équipement (38 % de la valeur des importations en 1995) et les produits agricoles (29 %).

Le gaz est exporté uniquement par voie terrestre, à travers l’Ukraine. Cette situation confère à Kiev un moyen de pression qui lui permet de ne pas honorer ses factures (en 1996, elle devait 1,6 milliard de dollars à Gazprom).

La construction d’un gazoduc à travers la Biélorussie et la Pologne permettra à la Russie de limiter cet inconvénient.

Les exportations de pétrole se font pour partie par voie terrestre (par la Biélorussie et l’Ukraine) et pour partie par voie maritime. Or, au temps de l’U.R.S.S., la totalité des capacités d’exportation de pétrole par la Baltique (25 % du total soviétique) avaient été installées dans les pays Baltes, devenus indépendants en 1991, et qui, depuis, taxent lourdement le pétrole russe.

Les capacités en mer Noire (40 %) se répartissaient pour un tiers en Ukraine et pour deux tiers en Russie (Novorossiisk).

Seuls les ports de Mourmansk, à l’extrémité ouest, bénéficiant de la dérive nord-atlantique, et Vladivostok, à l’est, restent accessibles toute l’année.

Entre les deux, la «route maritime du Nord», ne fonctionnait qu’à usage intérieur, trois mois par an, avec l’aide de brise-glace. Avec l’effondrement des structures du pays, elle n’est plus utilisée qu’à l’ouest de l’Ienisseï Hormis Mourmansk et Vladivostok, très excentrés par rapport aux forces vives du pays.

2. La Russie puissance régionale dans le cadre de la C.E.L (Communauté des États indépendants)

La Communauté des États indépendants (C.E.L) a été constituée en 1991 à l’initiative du président de la Russie, Boris Eltsine. Ce n’est ni un État, ni une fédération, ni une confédération.

Ce n’est même pas, malgré son nom, une «communauté», que ce soit au sens britannique de Commonwealth, au sens français appliqué à l’union constituée par la France avec ses anciennes colonies entre 1958 et 1960, ou même au sens flou de sodroujestvo en russe.

C’est plutôt un club de chefs d’État méfiants, contraints ou sceptiques, souvent en conflit les uns avec les autres, et engagés dans d’autres coalitions à géométrie variable.

Charte de la C.E.I. adoptée en 1993

La liste des tentatives visant à renforcer la C.E.I. est longue:

  • libéralisation des échanges entre les pays membres (février 1992)
  • création d’une Banque interétatique pour gérer les règlements entre États dans le cadre d’une zone monétaire unique, la zone rouble (décision prise en octobre 1992); la disparition de la zone rouble, en 1993, n’a pas entraîné celle de la Banque qui, en 1997, a été chargée d’étudier l’introduction d’une monnaie unique de la C.E.I. entre 2005 et 2010
  • adoption d’une Charte prévoyant la possibilité de créer un espace économique commun, assorti des quatre libertés d’un marché commun (libre mouvement des marchandises, de la main-d’eeuvre, du capital et des services) et promouvant le commerce mutuel (janvier 1993); le projet d’une zone de libre-échange fut discuté à plusieurs reprises mais jamais concrétisé entre tous les membres
  • accord-cadre sur l’établissement d’une union économique (septembre 1993)
  • préparation d’une union douanière et création d’un Comité économique interétatique (septembre-octobre 1994), premier organe formellement supranational qui peut adopter des décisions à majorité qualifiée

Parallèlement, la C.E.I. s’est dotée d’institutions censées permettre une évolution vers l’intégration économique:

  • Un des chefs d’État est l’organe suprême. Il ne peut prendre ses décisions que par consensus; mais tout État membre peut se déclarer non intéressé par telle ou telle décision
  • Un Conseil des chefs de gouvernement coordonne la coopération entre les organes exécutifs, et s’occupe plutôt des questions politiques
  • Un Secrétariat exécutif assure la préparation des sommets et des accords
  • Une Cour économique fonctionne depuis mars 1994, pour statuer sur les conflits entre États

Les objectifs déclarés de la C.E.I. s’inspirent, dans le désordre, de l’évolution du Marché commun ouest-européen vers une Union économique et monétaire. Tout y est : le marché unique, l’union douanière, l’union économique, l’espace économique européen, la monnaie commune. On a même institué une sorte de Communauté («Association euro-asiatique» ) du charbon et des métaux!

Les pays membres de la C.E.I. présentent une grande diversité de poids économique, démographique et territorial.

On distingue généralement trois groupes de pays:

Les «intégrationnistes »

C’est la Biélorussie qui va le plus loin, en acceptant, voire demandant, une union avec la Russie, effectivement consacrée en plusieurs étapes entre avril 1996 (création d’une «communauté» d’États souverains entre la Russie et la Biélorussie), mai 1997 (création d’une «Union») et décembre 1999 (décision conjointe de faire évoluer l’union vers l’unification).

En décembre 2000, il a été prévu de passer à une monnaie commune en 2008.

L’aspect suspect du régime dictatorial biélorusse, qui suscite des réserves de la part de son partenaire russe, ôte toutefois beaucoup de son efficacité à cette union.

L’Arménie et le Tadjikistan ont en commun le fait que leur sécurité extérieure est entièrement assurée par la Russie, et sont donc partisans d’une intégration renforcée dans la C.E.I.

Les «partenaires loyaux »

Ce sont le Kazakhstan et le Kirghizstan. Ces deux pays ont établi en 1996 avec la Russie et la Biélorussie une «Union des quatre», complétée d’une union douanière à laquelle le Tadjikistan s’est associé en 1998.

En octobre 2000 a été créée une «Union économique eurasiatique» remplaçant l’union douanière.

Les «partenaires réticents »

L’Ukraine, principal pays de la C.E.I. après la Russie, n’a jamais ratifié la Charte.

Le Turkménistan ne participe pas en fait à la vie de la C.E.L

L’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan sont, comme le Turkménistan, relativement indépendants de la Russie, en raison de leurs ressources naturelles et énergétiques.

La Géorgie dirige tous ses espoirs vers l’Ouest et tolère mal la présence des troupes russes sur son sol. Un chantage lui fut imposé par la Russie en novembre 2000: si elle ne consentait pas à devenir sa base arrière pour les opérations militaires en Tchétchénie, les citoyens géorgiens se rendant en Russie auraient besoin d’un visa, contrairement à la règle en vigueur au sein de la C.E.I.

Enfin, la Moldavie hésite entre l’attraction de ses voisins occidentaux (spécialement de la Roumanie, dont elle partage la langue et la culture) et une intégration plus franche dans la C.E.L, à laquelle la pousse la partie russophone de sa population.

Ces intérêts divergents expliquent pourquoi les pays de la C.E.I. se sont engagés dans des groupements subrégionaux internes à la C.E.I., ou extrarégionaux:

  • Le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan ont fondé en 1994 l’Union centrasiatique et institué entre eux un espace économique commun; la Russie y est observateur
  • Tous les pays islamiques sont membres de l’Organisation de coopération économique (E.C.O. en anglais), fondée en 1985 par l’Iran, le Pakistan et la Turquie, rejoints en novembre 1992 par l’Azerbaïdjan et l’Afghanistan et par les cinq États d’Asie centrale ex-soviétique. L’organisation s’occupe surtout de transit commercial et de transports
  • En 1992 a été fondée l’organisation de Coopération économique de la mer Noire, regroupant six ex-républiques soviétiques (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldavie, Russie et Ukraine) ainsi que la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Grèce et l’Albanie. Cette organisation couvre en principe tous les domaines de l’économie, mais ne dispose pas de structures institutionnelles et est paralysée par les différentes tensions politiques qui affectent cette zone
  • Enfin en 1997 a été créé le G.U.AM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie), devenu en 1999 le G.U.U.A.M., avec l’adhésion de l’Ouzbékistan. L’activité de l’organisation est centrée sur la recherche des voies de communication permettant d’exporter le pétrole de la Caspienne en évitant la Russie. Elle est soutenue sur ce point par l’Union européenne dont les crédits T.A.C.I.S. (Technical Assistance to the Commonwealth of Independent States) financent le projet Traceca (Transport Corridor Europe-Caucasus-Central Asia). Le G.U.U.A.M. s’est donné une Charte et s’est enregistré auprès des Nations unies comme organisation internationale en octobre 2000, avec le projet de se constituer en 2001 en zone de libre-échange
3. La C.E.I., cadre des relations économiques entre les ex-Républiques soviétiques

Après la désagrégation, de l’U.R.S.S. le commerce entre les Républiques ex-soviétiques s’est d’abord effondré (de15-20 %dès 1991 et de 25 à 40 % en 1992) puis n’a cessé de décliner, sauf un petit rebond en 1996.

Les causes de ce déclin sont multiples:

  • la disparition des liens commerciaux planifiés entre les Républiques
  • les contingents, quotas ou autres restrictions quantitatives au commerce
  • le déclin progressif, en volume, des exportations d’énergie par la Russie

Les mouvements de capitaux sont faibles entre la Russie et ses voisins (moins de 10% des entrées de capitaux dans ces pays).

Le principal problème est l’apurement des dettes des pays membres envers la Russie.

4. Quel sens donner à la CEI ?

La Charte de la C.E.I. mentionne en son article 11 un «espace commun militaro-stratégique».

Les pays membres sont liés par un Traité de sécurité collective signé en mai 1992 à Tachkent et entré en vigueur en 1994, sans la participation de l’Ukraine, de la Moldavie et du Turkménistan.

C’est bien là un squelette d’intégration militaire, qu’aucun des membres de la C.E.I. ne souhaite renforcer au début du XXI ème siècle .

La Russie préfère assurer les tâches de sécurité collective au travers d’accords bilatéraux ad hoc avec ses partenaires.

» La C.E.I. n’est efficace dans aucun domaine en 2001 . Est-elle inutile? Sa disparition mettrait à nu les tensions centrifuges et les éléments d’éclatement. Son maintien constitue au moins un forum d’échanges de vues et, par là, un élément de stabilité politique, en attendant mieux.

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