Crise et restructuration de l’économie mondiale 1970 / 1990

I. La crise économique et ses effets depuis 1974 jusqu’à fin 1990 : les Vingt Médiocres

B. Facteurs d’explication structurelle et conjoncturelle de la crise économique
1. Crise de la pensée économique

Les économistes de l’offre – supply siders – tels que Milton Friedman considèrent qu’avec Phillips on pouvait aller jusqu’à rejeter la théorie keynesienne.

Cette théorie ne fait plus recette. Les critères utilisés par Keynes ne sont plus valables :

  • économie nationale, bornée par des frontières. Or ouverture des économies après guerre.
  • technologie : pas de mutations structurelles. Théorie de la demande : les entrepreneurs sont incités à produire car ils sentent qu’il y a une demande effective.
    or depuis 1945 (1971 : Intel invente la puce) le monde est dans la troisième Rev. technologique.
  • multiplicateur d’investissement keynésien : la hausse de l’inv. dans un pays entraîne une hausse équivalente de la production et donc du revenu, donc hausse propension marginale à consommer, hausse consommation.
    or pour certains économistes, il n’y a de multiplicateur que si la propension marginale à consommer était très faible.
  • Les solutions keynésiennes sont donc rendues inopérantes.

    2. Une crise conjoncturelle liée à la dislocation du SMI ?

    Dès 1958, le SMI ne fonctionne plus normalement, puisque les USA acceptent un déficit de BC.

    1961 : sous l’initiative de Kennedy, d’un Pool de l’or des 10 banques centrales les + riches du SMI. Quand une monnaie se déprécie, la BC doit racheter une partie de la monnaie qui se dévalue.

    1968 : Johnson propose la création d’un double marché, l’un entre les 20 banques centrales les + riches avec une valeur du $ fixe, l’autre fonctionnant selon l’offre et la demande sans intervention des banques centrales. On parle donc à partir de 1968 du double marché de l’or.

    15 août 1971 : suspension par Nixon de la convertibilité or du $. Le président décide de taxer les importations faites par les USA. Pas de dévaluation car pressions des investisseurs américains.

    Keynes avait proposé d’adopter une monnaie mondiale, le Bancor, gérée par une banque centrale mondiale. Le FMI joue un peu ce rôle mais n’a aucun pouvoir d’émission de monnaie.

    En fait, on n’avait pas prévu dans le SMI que la croissance économique mondiale serait si importante.

    Décembre 1971 : la pression européenne devient très forte et oblige à la dévaluation. Elargissement des marges de fluctuation des monnaies par rapport à leur cours officiel avec les accords du Smithsonian Institute.

    1972 : accords de Bâle en Suisse, sur des intervention concertées entre banques centrales pour stabiliser le marché monétaire international.

    Serpent Monétaire européen avec la CEE. Zone de stabilité monétaire et de soutien mutuel lorsque le déficit est trop important dans l’un ou l’autre des pays membres.

    Février 1973 : nouvelle dévaluation du $, car le déficit augmente.

    Phase des changes flottants, notamment pour la France et les USA. La valeur de la monnaie est désormais déterminée par le marché des changes monétaires, et non plus par rapport à l’or.

    Janvier 1976 : Accords de la Jamaïque. Abolition du GES et de toute référence à une garantie or dans le SMI.

    13 mars 1979 : Création du Système Monétaire Européen.

    Objectifs :

    • Stabiliser les taux de change pour corriger l’instabilité existante
    • Réduire l’inflation
    • Préparer par la coopération l’unification monétaire européenne.

    Elle fonctionne notamment à partir de L’ECU: il s’agissait d’une monnaie – panier composée d’un pourcentage déterminé de chacune des monnaies participantes établis en fonction de l’apport de chaque pays au PNB de la Communauté et aux échanges communautaires.
    C’est une monnaie qui ne s’utilisait que dans l’écriture du budget communautaire, elle n’avait pas de cours légal. Elle servait de moyen de paiement et de réserve par les banques centrales.

    Octobre 1979 : « tournant de la rigueur » avec Paul Volcker appelé par le président démocrate Jimmy Carter à la tête de la FED, après la politique laxiste de 1972 à 1978. Priorité est donnée à la lutte contre l’inflation.

    Remontée de la parité de $ qui continue sous Reagan, élu à partir de novembre 1980.

    Crise de l’endettement car les taux d’intérêt en $ s’apprécient, notamment au Mexique en 1982.

    Aux USA, néanmoins, persistance des Twin Deficits, déficit de BC et déficit du budget.

    Montée du chômage donc réactualisation de la thèse de Phillips.

    Drainage par les USA, qui ont une conso forte, et une compétitivité prix/qualité/produit, de l’épargne mondiale pour financer le trou de leur balance commerciale.

    3. Responsabilité conjoncturelle des chocs pétroliers

    Pendant les Trente Glorieuses, le marché mondial est très approvisionné. 7 majors anglaises, américaines, néerlandaises.

    Jusqu’en 1970, baril = 2 $. Mais en prix réel, dégradation des termes de l’échange en défaveur des pays de l’OPEP.

    1971 : baril à 3 $, les pays de l’OPEP ont négocié avec les multinationales un partage des bénéfices.

    Lors du premier choc, l’OPEP instrumentalise le pétrole pour récupérer du pouvoir d’achat. Rapport de force qui aboutit à la hausse des prix.

    En 1973, balance des paiements courants OCDE est excédentaire, en 1974 déficitaire, jusqu’en 1978. Les PED sont touchés, comme le Brésil qui est importateur. Augmentation du service de la dette des pays en développement.

    4. Analyse structurelle des responsabilités

    Mutations technologiques. Les politiques de la recherche et de la science se développent, entraînant des reclassements technologiques de certains Etats.

    Mise au point de matériaux nouveaux, tels que les fibres optiques nécessaires aux autoroutes de l’information développées par Al Gore en 1995.

    Aux USA, dès 1969, Intranet réalisé pour le Pentagone.

    Développement progressif des NTIC qui révolutionne l’économie.

    1978 : mise au point des OGM.

    Politique commerciale de grande ouverture et démantèlement du protectionnisme en 1995, avec le 1er Janvier la fin du GATT et le début de l’OMC.

    C. La mondialisation : fin de la géographie ?
    1. Le concept : internationalisation/mondialisation/globalisation

    1985 : Ronald Robertson a voulu conceptualiser l’interdépendance croissante des sociétés.

    La mondialisation suppose 3 politiques des Etats :

    • déréglementation pour libéraliser les marchés
    • privatisation des entreprises publiques
    • désengagement de l’Etat
    2. La mondialisation tend à rendre illusoire la lutte menée par chaque Etat dans un cadre national

    A la suite de la CNUCED créée en 1964, l’ONU demande aux Etats les + riches de consacrer 0,7% de leur richesse annuelle à l’aide aux pays pauvres.

    1945 : création du FMI. Sa mission est d’abord de maintenir un taux de change ordonnée entre les Etats membres, en mettant ses ressources à dispo des pays qui ont du mal à réduire leur déficit de BC.

    La dette du 1/3 Monde est rééchelonnée à partir de 1982, sous la condition d’accepter des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) avec mesures d’austérité.

    1975 : comité de Bâle ; les gouverneurs des 12 banques centrales les + riches du monde se réunissent pour faire face à l’internationalisation des transactions financières. Ratio Cooke qui oblige les banques à respecter une norme de réserve dans l’encaisse, lorsqu’elles prêtent, afin de parer à toute crise bancaire.

    1985 : plan Baker qui propose aux banques américaines et aux pays riches de reprendre les prêts aux 15 pays les plus endettés et aux PED. Les USA souhaitent éviter une faillite du Mexique, qui est devenu leur partenaire financier, commercial, notamment au travers des zones franches des maquiladoras.

    3. Initiatives citoyennes par rapport à la mondialisation

    Dans les années 1970, lancement du consumérisme par Raphaël Nader pour protéger les consommateurs de la grande distribution. Création d’une ONG, Public Citizen.

    Actions planétaires engagées contre les marchés financiers. En 1998, proposition américaine d’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), qui voulait abolir l’interventionnisme de l’Etat vis-à-vis des pays étrangers lorsqu’ils investissent, soulève tant de contestations qu’elle est abandonnée.

    1986 : création du Fair Trade Labelling Organization (FLO) qui regroupe 17 associations nationales qui travaillent pour le équitable.

    1995 : reprise par le PNUD de l’idée de la taxe TOBINE qui voudrait taxer toute opération de change monétaire à hauteur de 0,1 %, et reverser les bénéfices pour l’aide au développement.

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