Les origines de la philosophie: SOCRATE

Basé sur le livre de Pierre Hadot: Qu’est-ce que la philosophie antique?


La naissance de la philosophie semble correspondre, si l’on se réfère à la tradition philosophique et aux textes qui la constituent, à l’apparition du personnage de Socrate, personnage en un sens mythique, puisque nous ne connaissons de lui que ce que ses contemporains nous ont laissé comme témoignages avec toute la part de nécessaire subjectivité que cela comporte.

C’est pourquoi P. Hadot ne parle pas du Socrate dont nous ignorons quasiment tout, mais de la figure de Socrate qui est présentée dans la tradition philosophique antique comme l’archétype du philosophe.

Nous pourrions certes nous interroger sur les raisons pour lesquelles la figure de Socrate est ainsi devenue le modèle même du philosophe en cette période de l’histoire grecque ? Cependant P. Hadot ne recourt pas à une telle explication et cela s’explique nous semble-t-il par le caractère contradictoire de cette démarche par rapport à la nature même de la démarche effectuée dans cette ouvrage. Il s’agit en effet d’expliquer philosophiquement comment est née et a évolué la philosophie, non pas dans une perspective historique, mais de façon à révéler, à faire de surgir la véritable nature de cette discipline.
La philosophie ne doit donc pas être considérée ici comme déterminée, mais comme une démarche autonome de l’esprit humain s’interrogeant sur lui-même, sur le sens de son activité et de son existence.

Socrate semble donc être ici l’incarnation même de cette interrogation et il semble d’un intérêt secondaire de rechercher les causes extérieures qui ont déterminés l’avènement de ce qui ne pouvait pas ne pas advenir quel que soit l’époque et les conditions historiques dans lesquelles a eu lieu cette naissance.
La comparaison entre Socrate et le Christ effectuée par P. Hadot semble donc aller dans ce sens, si le personnage de Socrate comme celui de Jésus ne peut être expliqué selon les principes du déterminisme historique, c’est que nous avons affaire à des figures historiques à la fois exceptionnelles et universelles. Exceptionnelles en ce qu’elles n’ont que peu d’équivalent dans l’humanité, mais universelles en ce que leur originalité n’est pas excentricité, mais au contraire réalisation pleine et entière de la nature profonde et essentielle de l’esprit humain dans sa perfection. Ce trait exceptionnelle de ces figures n’est-il pas d’ailleurs accentué par le fait qu’elles relèvent toutes d’une inspiration divine ou quasi divine (L’expérience socratique ne relève-t-elle pas d’une expérience intérieure quasi mystique, ne répond-elle pas à la voix du daimôn préfigurant la conscience morale ?).

Ces figures, comme peut l’être aussi celle du Bouddha, sont en quelques sortes des aiguillons qui viennent réveiller l’humanité en lui proposant non seulement un modèle de penser, mais un modèle de vie lui permettant de se libérer des fardeaux qui l’accablent et qui sont la soumission aux désirs et aux passions, la peur de la mort, l’égoïsme et l’insatisfaction qui les accompagne.
Dans cette mesure la figure de Socrate est donc fondamentale puisqu’elle va ensuite servir de modèle a pratiquement toutes les écoles philosophiques qui vont se développer ensuite, non seulement chez Platon, mais aussi chez les cyniques et les sceptiques ainsi que plus tard chez les stoïciens et les épicuriens.
Pourquoi l’attitude socratique est-elle à ce point exemplaire et universelle ? Parce qu’elle est d’abord un mode de vie et de pensée et non une connaissance établie ayant la prétention d’affirmer une quelconque vérité.

Se réclamer de Socrate ce n’est pas en effet penser telle ou telle chose, c’est plutôt penser d’une certaine façon dans la perspective, non pas d’atteindre, mais de tendre vers la vertu et la perfection.
Comme le souligne P ; Hadot la philosophie socratique n’est pas un savoir, mais un non-savoir comme le témoigne le passage de L’apologie de Socrate dans lequel Socrate raconte l’enquête qu’il poursuivit auprès des personnes les plus susceptibles d’être savantes dans la cité afin de comprendre les paroles de l’oracle.

Socrate est donc le premier philosophe, en ce qu’il remet en question l’être de l’homme dans ce qu’il a de plus profond.

Par sa manière d’interroger ses semblables qui remet en cause leur genre de vie et les valeurs en fonction desquelles ils se déterminent et par la manière dont il vit lui-même, vivant en citoyen exemplaire, refusant le luxe et ne craignant ni la souffrance ni la mort, Socrate est la philosophie en acte, la recherche permanente de la sagesse posée comme valeur suprême qui ne peut et ne doit être supplantée par rien dans la vie de l’homme.

C’est cet exemple que suivront Platon et Aristote que l’on a trop souvent opposés, peut-être à tort, en ce qui concerne la référence à l’idéal socratique. L’un comme l’autre en effet ont suivi Socrate en concevant tout deux à leur manière la philosophie comme mode de vie.

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