La mondialisation et ses ennemis

de lecture: Daniel COHEN – La mondialisation et ses ennemis

(Hachette Littératures – Pluriel Économie)

Plan de la fiche

  • Résumé détaillé
  • Les idées principales
  • Les apports de l’ouvrage
  • Critiques (points forts et points faibles de l’ouvrage)
  • Citations utiles
  • Chiffres importants

Critiques

Points forts Points faibles
Tout d’abord, le vocabulaire utilisé est assez simple, les phénomènes économiques complexes sont détaillés et expliqués à l’aide de termes clairs et efficaces, ce qui rend la lecture agréable et « fluide ». L’absence de cartes et de tableaux (sauf à la page 80 pour les exportations mondiales de marchandises) illustrant les propos de l’auteur pourrait être un point négatif de l’ouvrage, mais cela n’empêche en rien la compréhension des idées de l’auteur. Par exemple, des cartes et des tableaux placées à la fin de l’ouvrage auraient peut-être permis de détailler les inégalités de développement entre les Nords et les Suds.
Le découpage de l’ouvrage en chapitres thématiques facilite la lecture et permet d’organiser les idées principales. Après avoir énoncé une thèse, l’auteur a très souvent recours à une image ou à un exemple précis, ce qui facilité la compréhension des phénomènes décrits (par exemple, p.47 « Comme une dent arrachée à sa mâchoire, l’espèce humaine interrompt brutalement […] les dix mille ans de sédentarité rurale qui se sont écoulés depuis l’invention de l’agriculture »). Je pense que le titre de l’ouvrage peut prêter à confusion car il n’est pas centré sur les ennemis de la mondialisation (qui sont par exemple les Mollahs, les ennemis du capitalisme, les alter-mondialistes); l’auteur les évoque mais ne détaille pas leurs revendications et leur organisation. Un titre évoquant le fait que la mondialisation n’est pas terminée aurait peut-être été plus révélateur de la thèse de l’ouvrage.
De plus, commencer le premier chapitre avec l’étude de faits historiques (l’affrontement entre les Incas et l’Espagnol Pizarro puis la question de Yali) et de leur analyse (faite par Jared Diamond) renforce l’intérêt du lecteur pour les conclusions qui vont suivre. L’auteur refuse l’abstraction et présente à chaque fois des entreprises (Nike, Zara) ou des agences (OMS, FMI, OMC) que nous connaissons. Cela nous permet donc de développer nos connaissances sur des phénomènes contemporains et même quotidiens. L’accent aurait éventuellement pu être davantage mis sur les différentes politiques des Etats (et ainsi, même si ce point est évoqué dans l’ouvrage, montrer que l’Etat a un grand rôle à jouer dans le développement).
J’ai trouvé intéressant que l’auteur, à l’aide d’arguments et de chiffres pertinents, fasse apparaître son point de vue dans le dernier chapitre en ce qui concerne l’annulation de la dette. Cela personnalise son ouvrage t ouvre pour les lecteurs une piste de réflexion très intéressante.  
Les thèses de D.Cohen sont à chaque fois nourries de données chiffrées et de citations pertinentes. L’auteur a le soucis de montrer que ses arguments ont des bases solides. Par exemple, au chapitre IV (p.144) l’auteur commence par tirer une conclusion d’une observation: « Qu’observe-t-on si l’on met en rapport par exemple la Malaisie à la Thaïlande, le Sénégal à la Côte d’Ivoire, le Pakistan à l’Inde ? Les premiers cités sont tous à majorité musulmane, les autres, mitoyens ou presque, de toutes les religions. Le résultat est clair: il n’existe aucune différence visible, ou peu s’en faut » et donne tout de suite après les chiffres qui lui ont permis de tirer ces conclusion: « La Malaisie dispose d’un revenu annuel par habitant de 6990 dollars, la Thaïlande de 5840 dollars, le Sénégal de 1750 dollars, la Côte d’Ivoire de 1730 dollars; le Pakistan de 1540 dollars et l’Inde de 1700 dollars. »  

Citations utiles

« Pourquoi les pays pauvres sont-ils si pauvres, et les pays riches si riches ? L’explication courante donne à ces deux questions une même réponse: l’exploitation des premiers par les seconds. » (Introduction, p.11)

« « L’Occident n’a pas besoin du tiers-monde », concluait déjà le grand Paul Bairoch, ajoutant: «ce qui est une mauvaise nouvelle pour le tiers-monde ». » (Introduction, p.11-12)

« La réduction des coûts de transport et de communication ne suffit nullement à diffuser la prospérité […] la baisse des coûts de communication favorise bien davantage sa polarisation. »
(Introduction , p.15)

« La nouvelle économie mondiale crée un divorce inédit entre l’attente qu’elle fait naître et la réalité qu’elle fait advenir. »
(Introduction, p.17)

« Comprendre la mondialisation aujourd’hui exige que l’on renonce à l’idée que les pauvres sont abêtis ou exploités par la mondialisation. » (Introduction, p.19)

(en parlant de la mondialisation) « Mais la principale erreur à éviter est de considérer comme un fait accompli ce qui reste une attente. » (Introduction, p.20)

« […] la « mondialisation » fait tout simplement partie depuis toujours de l’histoire humaine. » (Chapitre I, p.36)

« Les sociétés moins avancées que les nôtres ne sont pas immunisées contre les effets pervers de notre monde technique. Le capitalisme, pour autant, ne serait pas particulièrement coupable. »
(Chapitre I, p.40)

« Deux axes totalement différents de mondialisation vont se dessiner. Un axe Nord-Nord principalement porté par la mobilité des personnes et qui va faro viser la convergence des niveaux de vie; et une axe Nord-Sud que définit le commerce des marchandises et qui accélérera la divergence des destins. » (Chapitre II, p.45-46)

« L’idée selon laquelle les pays riches se seraient enrichis grâce à l’exploitation des matières premières est fausse pour une raison simple: les pays riches ont longtemps fabriqué eux-mêmes lesdites matières premières. » (Chapitre II, p.62)

« Après s’être noyé dans la grande crise des années trente, le commerce international retrouve son dynamisme dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. » (Chapitre III, p.79)

« Le commerce est devenu principalement une affaire de pays riches. » (Chapitre III, p.81)

« Le gros du commerce mondial se présente donc comme un commerce de voisinage, tant sur les produits que sur les partenaires commerciaux. » (Chapitre III, p.81)

« Quelle ne serait la surprise de Ricardo et de ses disciples de découvrir que le commerce mondial aujourd’hui, loin de tisser des liens entre des pays a priori éloignés, est d’abord et principalement le fait de pays que tout rapproche. » (Chapitre III, p.82)

« C’est la diversité de l’offre qui alimentera le commerce entre pays proches. » (Chapitre III, p.84)

« Pour nous, pays riches, la mondialisation est en grande partie imaginaire, elle est peut-être « notre » imaginaire. » (Chapitre III, p.85)

« Le terme de « mondialisation » ne se comprend bien que si l’on saisit qu’il scelle l’unité de deux termes qui semblent contradictoires: un enracinement dans le local et un déracinement planétaire. » (Chapitre III, p.92)

« La baisse généralisée des coûts de transport qu’ont apportée au cours des deux derniers siècles les chemins de fer, l’automobile ou le téléphone n’ont nullement conduit à diffuser la richesse. » (Chapitre III, p.111)

(en faisant référence à la côte Est de la Chine et les 800 millions de paysans pauvres de la Chine intérieure) « Les tensions Sud/Sud promettent ici d’être au moins aussi intenses que celles qui opposent le Nord et le Sud. » (Chapitre III, p.125)

« Il est toutefois difficile de ne pas suivre Bairoch lorsqu’il remarque combien la clochardisation des villes du tiers-monde est associée à l’explosion démographique sans précédent qui l’accompagne. » (note: Paul Bairoch, Le Tiers-monde dans l’impasse) (Chapitre IV, p.133)

« Le seul continent qui connaisse aujourd’hui une démographie rapide, trop rapide pour ses maigres ressources, demeure l’Afrique. » (Chapitre IV, p.137)

« Autant il est ridicule de comparer l’islam en général au reste du monde, autant on peut s’aventurer à comparer un pays à majorité musulmane à un proche voisin qui ne l’est pas. » (Chapitre IV, p.144)

« On voit que, dans les sociétés où la corruption règne en maître, les meilleures intentions du monde sont toujours détournées de leur but. » (Chapitre V, p.161)

« Toute stratégie de développement fixée par quelques experts dans un bureau est presque fatalement condamnée à l’échec. Elle répète, à sa façon, la manière coloniale » (Chapitre V, p.161)

« Si aucun pays ne peut compter sur le seul commerce mondial pour prospérer, il est tout aussi illusoire d’espérer rattraper les pays riches en en restant à l’autarcie. » (Chapitre V, p.172)

Rodrik et Rodriguez: « Nous ne connaissons aucune étude qui démontre que le protectionnisme ait été un facteur de croissance . » (Chapitre V, p.177)

[La théorie des leviers] « La richesse d’un pays est bien davantage actionnée par une série de leviers qui se soulèvent l’un l’autre, que par le seul travail humain. Un premier levier est celui qui tient à l’éducation ou à l’expérience professionnelle. […] Le deuxième levier est celui qu’offrent les machines. […] Les machines actionnent elles-mêmes un troisième levier, plus mystérieux: ce qu’on appelle « l’efficience globale », qui inclut le progrès technique et l’efficacité organisationnelle des entreprises. […] C’est cette triple dimension multiplicative qui explique la croissance économique moderne et le dénuement des pays pauvres. » (Chapitre V, p.182-183)

« On ne peut rien acheter sur le marché mondial quand on gagne en dollars courants 1 dollar par jour, même si l’on tire un pouvoir d’achat supérieur en vivant avec d’autres personnes qui gagent aussi peu. » (Chapitre V, p.185)

« Le capitalisme n’est pas capable à lui seul de créer les rouages qui rendent une société globalement productive. » (Chapitre V, p.186)

« La richesse matérielle est indiscutablement un élément de la liberté humaine. (Chapitre V, p.189)

« A la différence de la Silicon Valley américaine, l’Europe manque de champions tels Microsoft, Intel, Cisco, IBM, Dell, Compaq, AOL etc. » (Chapitre VI, p.205)

« L’innovation est le véritable nerf de la guerre de la nouvelle économie. » (Chapitre VI, p.206)

« Les malades sont au Sud et les médicaments au Nord » (citation de Bernard Kouchner) (Chapitre VII, p.225 )

« Sans une régulation « juste » de la propriété intellectuelle, les conflits ne peuvent que s’aiguiser. » (Chapitre VII, p.229)

« Le marché mondial de la santé est l’un des plus florissants. » (Chapitre VII, p.229)

« […] l’annulation de la dette est toujours à l’ordre du jour, mais c’est la dette d’une autre guerre perdue, celle contre le sous-développement dont il faut à présent signer l’armistice. » (Chapitre VII, p.234)

« La critique de la globalisation financière est au centre des reproches adressés à la globalisation tout court. » (Chapitre VII, p.236-237)

(en parlant de l’OMS, du FMI et de l’OMC) « Ces agences témoignent chacune d’une maladie démocratique qui peut s’énoncer ainsi: il existe une relation inverse entre la légitimité de ces institutions et leur champ d’action. » (Chapitre VII, p.247)

« L’hégémonie culturelle se heurte au réveil des grandes civilisations hier asservies. L’hégémonie économique attise le renouveau des forces anticapitalistiques. » (Conclusion, p.255-256)

« Parce que l’espèce humaine est insécable, chaque peuple est interpellé par les découvertes techniques ou morales qui sont faites par les autres. » (Conclusion, p.260)

« Privé d’ingénieurs, un pays pauvre doit dépendre en tout de l’extérieur pour emprunter et adapter les techniques modernes. » (Chapitre V, p.169)

« L’idée que l’on puisse importer purement et simplement les techniques étrangères sans s’approprier, au moins en partie, ses conditions de production, est naïve. Il y a toujours un facteur particulier, fût-ce le climat, qui exige une adaptation aux conditions locales. » (Chapitre V, p.169)

Chiffres importants


« L’Inde est aussi pauvre en 1913 qu’en 1820, malgré un siècle passé au sein du Commonwealth. » (Introduction, p.15)

« La révolution des communications, présentée aujourd’hui comme la grande nouveauté du XXIe siècle, s’est en effet déjà produite une première fois au XIXe siècle. » (Chapitre II, p.43)

« A partir de 1865, Londres et Bombay sont reliés par des câbles sous-marins et terrestres. Une information prend alors 24 heures pour être transmise d’un bout à l’autre de la chaîne. » (Chapitre II, p.44)

« Au total, ce sont presque 60 millions d’Européens qui ont quitté le Vieux Continent surpeuplé pour gagner les terres abondantes du Nouveau Monde. » (Chapitre II, p.46)

« On estime ainsi à 10% le chiffre de la population mondiale formée d’immigrés en 1913. Le chiffre est aujourd’hui trois fois moindre. » (Chapitre II, p.49)

« L’écart de richesse entre un Indien et un Anglais est multiplié par cinq, passant de 1 à 2 en 1820 à 1 à 10 en 1913. » (Chapitre II, p.52)

« L’industrie textile indienne représentait, comme dans toute société traditionnelle, entre 65 à 75% de l’ensemble des activités manufacturières du pays. » (Chapitre II, p.53)

« Comme l’explique à nouveau Paul Bairoch, à la veille de la Première Guerre mondiale […] 98% des minerais métalliques, 80% des fires textiles provenaient des pays industrialisés aux-mêmes. » (Chapitre II, p.62)

« Au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle, seuls 17% en moyenne des exportations des pays riches étaient à destination des pays colonisés; comme les exportations à l’époque ne représentaient guère plus de 8 à 9 % du PNB des pays riches, il reste que les exportations à destination des pays pauvres n’absorbaient que 1,3 à 1,7 % du volume total de la production de ces pays, dont seulement 0,6 à 0,9 % pour les colonies. Les chiffres correspondants aux Etats-Unis sont plus bas: de 0,5 à 0,9 % du PNB à destination des pays pauvres; plus hauts pour l’Europe: 1,4 à 1,8 % mais le diagnostic n’est pas fondamentalement différent. Le véritable contre-exemple à l’idée que les pays riches ont eu besoin des débouchés du tiers-monde est celui de l’Angleterre. 40% des exportations britanniques sont à destination du tiers-monde; comme les exportations y représentent une part plus élevée, le chiffre pour le Royaume-Uni porta à 4,6% du PIB le volume des exportations vers le Sud. » (Chapitre II, p.63)

« En 1950, 80% de la population indienne est toujours illettrée, alors qu’en 1850, soit un siècle plus tôt, les Etats-Unis comptent déjà moins de 20% d’illettrés. La France, qui est le plus en retard du groupe de pays « industrialisés », en comporte à la même date 40%. En 1900, ce chiffre sera abaissé à 17%. » (Chapitre II, p.68-69)

« En l’espace de 50 ans, de 1950 à 2000, la part du commerce dans le PIB a plus que doublé, la montée des échanges internationaux ne connaissant quasiment aucune interruption au cours de cette période (note: dans la moyenne des pays de l’OCDE, elle passe de 12,5% en 1960 à 20% en 2000). » (Chapitre III, p.79)

« […] il faut attendre 1973 pour que les chiffres du commerce mondial retrouvent, en pourcentage du PIB, leur niveau de 1913. » (Chapitre III, p.79)

Exportations mondiales de marchandises (en % du PIB) (Chapitre III, p.80)

  1850 1880 1913 1950 1973 1985 1995
Monde 5,1 9,8 11,9 7,5 11,7 14,5 17,1

Pendant les années d’après-guerre: part du tiers-monde dans les exportations d’Europe occidentale: (Chapitre III, p.80)

1955 : 28%

1972 : 14%

« Les exportations des pays riches vers les pays pauvres ne représentent que 2% de leur PIB. Les exportations des pays pauvres vers les pays riches représentent un pourcentage 5 fois plus important. »

« L’Europe des 15 représente à elle seule près de 40% du commerce mondial. Or les deux tiers de ses exportations et de ses importations sont à destination ou en provenance de ses membres. » (Chapitre III, p.81)

Allemagne: première puissance exportatrice européenne. (Chapitre III, p.81)

« Une fois éliminé le commerce avec les autres pays européens, la France échange moins de 10% de son PIB avec le reste du monde, ce qui inclut les Etats-Unis ou le Japon… » (Chapitre III, p.84)

Selon les calculs de Jeffrey Frankel: l’économie américaine représente un quart de l’économie mondiale (même chiffre pour l’Europe dans son ensemble). (Chapitre III, p.84-85)

(en parlant de l‘économie américaine) « Si elle était parfaitement intégrée a monde, au sens trivial où ses achats et ses ventes seraient totalement indifférents à l’origine ou à la destination de son partenaire commercial, elle achèterait ou vendrait trois quarts de ses biens à l’étranger. Or les achats et les ventes ne correspondent qu’à 12% de son PIB. En faisant le ratio entre le chiffre théorique et le chiffre réel, on obtient un facteur de 1 à 6. La réalité est six fois plus petite que la fiction d’un monde parfaitement intégré. » (Chapitre III, p.85) «

« Le commerce porte à 80% sur des produits industriels ou agricoles et à 20% seulement sur les services. La réalité de l’ dans les pays riches est rigoureusement inverse. L’ industriel et agricole représente en effet moins de 20% de l’ total; les services presque 80%. » (Chapitre III, p.87)

Dans les années 50 (industrie à son apogée): part des emplois industriels: pas plus de 1/3 de l’emploi total. Dès 1949 en France: plus d’employés dans les services que d’ouvriers dans les usines.
Aujourd’hui: 85% de la population américaine travaille dans les services
en France: 75%
Au XIXe siècle en Angleterre: presque 50% de la population employée dans l’industrie (cas unique) mais dès 1913: cette part est devenue
minoritaire. (Chapitre III, p.88-89)

« Car la Chine est elle-même en passe de d’organiser entre la côte Est et ses quelques 800 millions de paysans pauvres une nouvelle dualité centre-périphérie. Les inégalités entre les deux groupes ont quasiment doublé au cours des 20 dernières années (passant de 1 à 2 à 1 à 4). » (Chapitre III, p.125)

« Selon les projections des Nations unies, le monde devrait compter 9 milliards d’habitants en 2050, contre 6 milliards aujourd’hui. La moitié de l’augmentation prévue est concentrée sur 6 pays, l’Inde pour 21%, la Chine pour 12%, le Pakistan pour 5%, le Bangladesh et le Nigeria pour 4% chacun; les Etats-Unis sont le seul pays riche à se joindre au groupe, à hauteur de 4%. L’Inde et la Chine compteront, à eux deux, plus du tiers de la population mondiale. Le seul continent dont le nombre (absolu) d’habitants décroîtra sera le nôtre: il y aura alors 630 millions d’Européens, contre 730 millions aujourd’hui (note: l’Europe des Quinze passera de 380 millions à 370 millions). Au cours des 50 prochaines années, 90% des nouveaux habitants viendront des pays pauvres. Le nombre d’Africains doublera d’ici à 2050, malgré des conditions sanitaires déplorables et l’effet du sida. Il y aura 1,8 milliard d’Africains contre 850 millions aujourd’hui. » (Chapitre IV, p.129-130)

« Entre 1950 et 1990, le nombre de citadins dans le tiers-monde a enregistré un taux de croissance deux fois supérieur à celui qu’ont connu les pays riches à l’époque de leur croissance maximale. Les bidonvilles ont proliféré. En 1980, ils abritaient 40% de la population urbaine du tiers-monde. Selon les Nations unies, les villes du tiers-monde vont passer de 2,8 milliards d’habitants en 1990 à 5,8 milliards en 2025. » (Chapitre IV, p.133)

« Vers 1950, le travailleur agricole d’un pays pauvre ne disposait déjà que de 2,4 hectares environ de terre agricole alors qu’en Europe le minimum historique était de 3,6 hectares. Aux Etats-Unis, le chiffre correspondant est de 14,6 hectares. Dans le tiers-monde, il est descendu en 1990 à 1,8 hectares (et jusqu’à 0,4 hectare au Bangladesh). » (Chapitre IV, p.133-134)

« L’Egypte, l’un des berceaux des civilisations antiques, comptait 13 millions d’habitants en 1913; elle en comprend aujourd’hui 70 millions, et va dépasser les 100 millions d’ici à 2025. Or, seuls 4% du territoire est arable. Le Caire héberge 23 millions d’âmes. Le Brésil est un autre exemple: la population comptait 52 millions de personnes en 1950; elle atteint 170 millions en 2000. » (Chapitre IV, p.134)

« Dans tous les pays du globe, et singulièrement dans l’ensemble des pays pauvres, la fécondité féminine est en train de plonger vers le seuil de reproduction de 2,1 enfants par femme. Dans les régions pauvres, la chute de l fertilité féminine a été impressionnante. On est passé, en moyenne, de 6 enfants par femme en 1950 à 5 enfants en 1970, puis à 4 en 1980 et enfin à 3 enfants aujourd’hui. […] La plupart des 143 pays pauvres appartenant au groupe des pays pauvres connaissaient il y a trente ans une fertilité supérieure à 5 enfants par femme ou plus. Aujourd’hui ils ne sont plus que 49 dans ce cas, tandis que 21 d’entre eux enregistrent déjà une fécondité féminine en deçà du seuil de reproduction. Aucune religion n’échappe à le règle. Au Brésil, pays très catholique et depuis longtemps à forte démographie, le taux de fertilité est passé en moins de 20 ans de 4 enfants par femme à 2,3 enfants. Entre 1950 et 2000, l’Egypte a vu son taux de fécondité chuter de 7 enfats à 3,4; l’Indonésie de 5,6 enfants à 2,6. En Inde, la fécondité passe au cours de la même période de 6 à 3,3 enfants. Et naturellement la Chine, par des méthodes il est vrai douteuses, est désormais en deçà du seuil de reproduction et compte 1,8 enfant par femme. » (Chapitre IV, p.135-136)

(Note) « Dans les pays les plus riches (le quart supérieur de la planète) 4 bébés pour 1000 naissances meurent. Dans les pays pauvres, le chiffre atteint 200 enfants morts pour 1000 naissances. » ( Chapitre IV, p.136)

« La fécondité féminine est toujours [en Afrique] de 5 enfants par femme, ce qui marque néanmoins un léger recul par rapport aux chiffres antérieurs. » (Chapitre IV, p.137)

« […] la « transition démographique », entendue comme le passage à moins de 2,1 enfants par femme, pourrait néanmoins être accomplie, selon les Nations Unies, dans les trois quarts des pays du monde d’ici à 2050. » (Chapitre IV, p.138)

Note: « Le pourcentage des Japonaises qui ne sont pas mariées à 30-34 ans est passé de 7% en 1970 à 19,7% en 1995. » (Chapitre IV, p.139)

L’islam représente 20% de la population mondiale et 6% seulement de la richesse mondiale. (Chapitre IV, p.141)

« Qu’observe-t-on si l’on met en rapport par exemple la Malaisie à la Thaïlande, le Sénégal à la Côte d’Ivoire, le Pakistan à l’Inde ? Les premiers cités sont tous à majorité musulmane, les autres, mitoyens ou presque, de toutes les religions. Le résultat est clair: il n’existe aucune différence visible, ou peu s’en faut. La Malaisie dispose d’un revenu annuel par habitant de 6990 dollars, la Thaïlande de 5840 dollars, le Sénégal de 1750 dollars, la Côte d’Ivoire de 1730 dollars; le Pakistan de 1540 dollars et l’Inde de 1700 dollars. Chiffres au vu desquels il est difficile de conclure que l’islam est un facteur cardinal de croissance.» (Chapitre IV, p.144)

« L’Indonésie, pays musulman le plus peuplé du monde est en fait, avec la Thaïlande, le pays de la région où celle-ci [la fécondité féminine] est la plus basse, atteignant en 2000 un niveau de 2,6 enfants par femme. Le chiffre était exactement le double au début des années soixante. Les Philippines, pays catholique proche disposant pourtant d’un revenu légèrement supérieur, connaît une fécondité plus forte, de 3,6 enfants par femme, l’Inde se situant à un niveau intermédiaire (3 enfants par femme). » (Chapitre IV, p.145)

« Jusqu’en 1450, la Chine a été donc beaucoup plus innovante que l’Europe. » (Chapitre IV, p.152)

Premier pays africain a avoir obtenu la décolonisation: le Ghana (en 1957) (Chapitre V, p.157)

« Quarante ans plus tard, les Ghanéens ne sont guère plus riches qu’en 1957 […] En 1983, le revenu moyen avait régressé en deçà de ce qu’il était au moment de l’Indépendance, en 1957. » (Chapitre V, p.159)

« Le Népal a fait passer, entre 1960 et 1990, de 10% à 90% le pourcentage d’une classe d’âge éduquée dans le primaire. Sa croissance est pourtant restée pathétiquement faible. » (Chapitre V, p.160)

« Dans ces pays (l’Angola, le Mozambique, le Ghana, la Zambie, Madagascar, la Jordanie et le Sénégal) où l’éducation a crû de plus de 4% par an, la croissance du revenu par tête est restée famélique, inférieure à 0,5% par an. » (Chapitre V, p.161)

Historique concernant la modernisation du Japon: (Chapitre V, p.164-165-166, p.168-169)

  • 1639-1854: un seul navire occidental par a était autorisé à pénétrer dans un port japonais.
  • Au début du XIXe siècle: chaque village a son école
  • 1850: « la Chine est très en avance sur le Japon dans l’industrie de la soie. Mais quand la maladie du ver à soie frappe, le Japon va s’approprier les méthodes de Louis Pasteur, et surclasse ainsi la Chine, incapable du même effort d’adaptation. »
  • 1854: le Commandant Perry, du pont de son croiseur, oblige le Japon à ouvrir ses portes.
  • Entre 1859 et 1865: le Japon enregistre une multiplication par 6 des prix.
  • 1868: la Révolution Meiji (ou shock therapy: le pouvoir politique vacille, le shogun se démet, l’Empereur reprend les rênes, la décision de modernisation du pays est prise d’un coup, sans transition).
  • Dès 1872: l’école primaire est quasiment généralisée (note: entre 1873 et 1913, le nombre d’élèves japonais passe de 1,3 à 6,5 millions dans l’école primaire; de moins de 2000 à 924000 dans le secondaire, soit un taux de scolarisation dans le secondaire de 23% contre 5% à la même époque en Europe! Dans l’enseignement supérieur le chiffre passe de 4650 à 56000, soit un taux de 1,3%, supérieur à l’Europe sans la Russie).
  • 1913: « le taux d’industrialisation (par habitant) se situait déjà à 45% de celui de l’Europe. »
  • 1937: l’écart d’effectifs dans l’enseignement supérieur (en pourcentage de la classe d’âge correspondante) entre le Japon et l’Europe est de 90%, en faveur du Japon…
  • Dès 1938: « le Japon deviendra la cinquième puissance industrielle du monde . »

(concernant la Chine) « Avec un taux d’ouverture de 25% du PIB, elle exporte aujourd’hui 85% de produits industriels. » (Chapitre V, p.166)

(en parlant de l’Inde) « Sitôt l’Indépendance en en 1947, elle instaure une politique destinée à reconquérir son marché intérieur. En 1913, l’Inde était sept fois plus pauvre que les Américains, avec un revenu proche de ce qu’on appellerait aujourd’hui un niveau de subsistance. En 1990, après plus de quarante ans de politique protectionniste, elle parvenait à grand-peine au niveau américain de 1820, en étant devenue seize fois plus pauvre que les Etats-Unis cette année-là! » (Chapitre V, p.167)

« Partout, la sous-scolarisation est restée la règle dans les pays en voie de développement. Que ce soit en Inde, en Chine, au Brésil ou en Turquie, la population comptait en 1950 moins de trois années d’éducation en moyenne, alors qu’en Europe, au même moment, le chiffre correspondant est déjà de huit années. » (Chapitre V, p.168)

« Au cours de la période 1970-1995, le groupe des économies « ouvertes » a crû à un rythme moyen de 4,5% par an, tandis que les économies « fermées » voyaient leur PIB croître seulement de 0,7% l’an. Parmi les économies ouvertes, la croissance des économies émergentes est en outre de 2 points plus rapide que celle des économies riches. Dans les économies fermées, il n’y a aucune différence. » (Chapitre V, p.173)

« […] depuis 1991 où elle a choisi de libéraliser le commerce international, l’Inde, pour reprendre cet exemple emblématique, connaît une croissance supérieure à 6% par an, significativement supérieure aux taux qu’elle enregistrait auparavant. La Chine fait mieux encore, avec un chiffre qui frôle les 10% par an. Les autres pays d’Asie ne sont pas en reste. Malgré la crise de 1997, la croissance y a été, tout au long de la dernière décennie du siècle, supérieure en moyenne à 7% l’an. Quels qu’en soient les ressorts exacts, les faits sont sans équivoque: les pays asiatiques, où vivent rien moins que 60% de la planète, ont, semble-t-il, découvert une méthode faite d’emprunts à l’étranger et de développement interne, dont le principal mérite est de contredire dans les faits l’idée qui semblait intangible selon laquelle « la richesse va toujours à la richesse». » (Chapitre V, p.177)

« Le monde compte aujourd’hui un milliard de riches, 2,5 milliards de pauvres, et 2,5 milliards de gens très pauvres. En dollars courants, l‘ensemble des pays pauvres et très pauvres ne représentent que 20% de la richesse mondiale, pour 85% de la population totale. S‘agissant des pays les plus pauvres, le chiffre est encore plus saisissant: ils ne comptent que pour 3% de la richesse mondiale, alors qu’ils rassemblent 40% des habitants de la planète !» (Chapitre V, p.179)

« La vie est par définition meilleur marché dans un pays pauvre: il coûte moins cher de s’y loger ou de s’y faire soigner. Reste pourtant que un milliard de gens vivent bel et bien avec 1de nos euros par jour […]. Note: Il n’y a jamais eu autant de gans vivant avec moins de 1 dollar par jour mais, en pourcentage de la population mondiale, les chiffres de la misère sont un peu moins désespérants. La part de la population mondiale en situation de pauvreté absolue est aujourd’hui plus bas qu’il n’a sans doute jamais été. En 1890, c’est 80% de la population mondiale qui vivait avec l’équivalent de 1 dollar par jour (en chiffres de 1990). En 1950, le nombre de personnes vivant avec ce minimum vital atteint près de la moitié de la population mondiale. Aujourd’hui, il se situe à un quart du total mondial [+ sources]. » (Chapitre V, p.179-180)

« Le nombre d’heures travaillées pour fabriquer une pièce de textile donnée, tout d’abord, n’est pas significativement différent d’un pays à l’autre. Il est ainsi à peine 8% supérieur en Inde: le rôle des cadences ou de l’efficience organisationnelle n’est pas prépondérant. On est loin des écarts considérables que Clark avait enregistrés au XIXe siècle. Le coût salarial, pourtant, est dans un rapport abyssal entre les deux pays: une heure de travail coûte quinze fois moins cher en Inde qu’aux Etats-Unis. » (Chapitre V, p.181)

« […] l’Inde compte toujours une proportion anormalement plus élevée d’analphabètes: plus de 50% de la population ne sait pas lire alors que les chiffres sont deux fois inférieurs en Chine. » (Chapitre V, p.189-190)

« L’idée que le développement doive s’interpréter comme la recherche de la liberté d’être et d’agir selon ses aspirations permet également d’éclairer la question des inégalités. » (Chapitre V, p.191)

« Pas plus que la baisse du taux de fécondité féminine se suffit à prouver que les femmes ont gagné la bataille de leur émancipation, la croissance économique d’un pays ne démontre que les forces de la liberté l’emportent sur leurs ennemis. » (Chapitre V, p.195)

« Dans le classement des 100 premières entreprises de la nouvelle économie réalisé par Business Week, l’Europe compte six firmes, dont trois scandinaves et une française (STM), contre 75 firmes américaines. » (Chapitre VI, p.205-206)

« Si l’on en croit les données présentées par Ugur Muldur en complément du rapport d’Elie Cohen et de Jean-Hervé Lorenzi, le handicap cumulé en matière de dépenses de recherche et développement des Quinze sur les Etats-Unis entre 1990 et 1997 a atteint 386 milliards de dollars; au cours des années récentes il atteint un rythme annuel de plus de 60 milliards de dollars. » (Chapitre VI, p.207)

« En France, la région Ile-de-France produit à elle seule 40% du PIB national, domination qui n’est nullement menacée par Internet ou le TGV. » (Chapitre VI, p.212-213)

« En fait, les six pays les plus riches d’Europe sont les six plus petites nations: le Luxembourg, les trois pays scandinaves, l’Irlande pourtant nouvelle venue, et les Pays-Bas. » (Chapitre VI, p.213-214)

« 25 des 34 millions de personnes infectées dans le monde vivent en Afrique. En Afrique du Sud, on parle de 4 millions de personnes, soit 20% de la population adulte. Au Botswana, c’est 36% de la population adulte qui est touchée, et l’espérance de vie n’y dépasse pas 29 ans. » (Chapitre VII, p. 225)

« Le marché de la santé est l’un des plus florissants. Il devrait atteindre bientôt 4000 milliards d’euros. Plus de 80% de ce marché est situé dans les pays riches de l’OCDE. » (Chapitre VII, p.229)

« Une étude présentée par la Commission « Macroéconomie et Santé » présentée par Jeffrey Sachs pour l’OMS établit en effet que les pays pauvres paient leurs médicaments à 85% en moyenne du prix acquitté dans les pays riches. Dans 98 des 465 cas de médicaments étudiés, la Commission a établi que les prix pratiqués sont en fait plus élevés dans les pays pauvres. Or à ce tarif, la demande est presque nulle. » (Chapitre VII, p.230)

« On estime aujourd’hui à plus de 150 milliards de dollars la dette accumulée par les pays les plus pauvres à la fin des années quatre-vingt-dix, l’équivalent en moyenne de trois années de leurs exportations. » (Chapitre VII, p.234-235)

« Des études ont ainsi montré qu’au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix 125 pays (!) ont fait l’expérience de crises bancaires sérieuses, 70 pays en voie de développement étant confrontés à des crises extrêmes, lesquelles ont entraîné un coût social considérable, emportant jusqu’à 10% du PIB des pays concernés. Entre 1979 et 1998, on ne compte pas moins de quarante épisodes au cours desquels un retournement financier brutal a été opéré. Quatorze ont eu lieu au cours de la seule période 1994-1998 (crise mexicaine puis asiatique). On a parlé de « décennie perdue » pour caractériser les années quatre-vingt en Amérique latine. » (Chapitre VII, p.235-236)

« Après une décennie au cours de laquelle les pays d’Amérique latine avaient subi les effets des plans de rééchelonnement, ils ont finalement bénéficié d’une remise de dette à la fin des années quatre-vingt, dans le cadre de ce qu’on appelle le plan Brady. Les annulations ont porté sur 30% de la dette totale dans le cas mexicain, jusqu’ 80% dans le cas bolivien. Elles furent suivies d’une reprise immédiate de la croissance économique, mais s’avérèrent insuffisantes. » (Chapitre VII, p.236)

« L’aide publique au développement voit en effet sa part constamment régresser et reste en moyenne deux fois inférieure à l’objectif fixé par l’ONU de 0,7% du PIB. » (Chapitre VII, p.238)

« Le sommet de Cologne de juin 1999 a finalement consacré l’intérêt des pays du G7 pour la dette des pays les plus pauvres de la planète. A terme de l’accord, 70 milliards de dollars de dettes sont effacés. […] Le FMI et la Banque mondiale ont, pour la première fois de leur existence, annulé près de 50% de leurs créances sur les pays pauvres. » (Chapitre VII, p.243)

« En 1913, l’Europe et ses nouvelles terres de peuplement règnent sur le monde. Seule une île perdue aux confins du monde, le Japon, échappe à cette hégémonie. » (Conclusion, p.255)

« Si la côte Est de la Chine devient le nouvel atelier du monde, 800 millions de paysans pauvres espèrent obtenir le droit de venir y résider. Plus de la moitié de la population indienne ne sait toujours pas lire et écrire. » (Conclusion, p.257)

« On ne mesurera jamais assez la portée de cette statistique essentielle: la moitié de la population de la planète vit avec moins de 2 euros par jour. » (Conclusion, p.257)

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