Toutes les zones du globe sont loin d’avoir contribué (et, simultanément, bénéficié) de la même manière au vaste mouvement d’expansion des échanges. En 1963 les Pays développés à économie de marché (PDEM) réalisaient 67,3% du commerce mondial, les Pays en développement (PED) 20,6% et les pays de l’Est 12,1%. Depuis rien n’indique que la situation se soit profondément modifiée. Si la crise et les deux chocs pétroliers ont semblé un moment s’accompagner d’une réintroduction des PED sur la scène commerciale mondiale (29,3 % des exportations de marchandises en 1980), force est de constater, vingt ans après, qu’il s’agissait là d’un feu de paille. Les PED sont désormais doublement marginalisés : quantitativement, ils représentent entre 1/5e et 1/4 du commerce mondial des marchandises ; qualitativement, ils exportent principalement des produits pour lesquels la demande mondiale stagne ou ne croît que faiblement (produits dits régressifs).

Marginalisation quantitative

Les PED représentent aujourd’hui (1999) 29,6 % du commerce international marchandises contre 20,6% en 1963, 29,3 % en 1980, 23,4 % en 1990. L’élévation de leur poids dans les échanges mondiaux (+ 9 points entre 1960 et 1999) est largement le produit d’un double effet d’optique.

C’est la simple conséquence arithmétique du retrait des ex-pays socialistes de l’Est européen de la scène économique mondiale au début de la décennie quatre-vingt-dix (d’un peu plus de 10 % du commerce mondial en 1963 à 6,4 % en 1999 pour les PECO). Le poids des PDEM sur la même période (1963-1999) a varié de 70 % environ (en 1990 comme en 1963) à 63 % du commerce mondial (en 1999 comme en 1980).

C’est également la conséquence de la réussite des pays de l’Asie en développement, qui masque les mauvais résultats des PED (au sens du monde en non développement !). Les pays d’Asie en développement représentent désormais 13,5% des exportations mondiales en 1992, alors qu’ils ne pesaient que 5,8% en 1967. Comment d’ailleurs comptabliser aujourd’hui la participation de l’Asie en développement rapide au commerce mondial, tant son périmètre devient difficile à cerner : quelle part de l’Asie (1) faut-il considérer comme étant en développement rapide ? Faut-il désormais y inclure la Chine ? L’arbre de quelques brillantes percées commerciales des pays en développement asiatiques cache une forêt de l’exclusion : le commerce mondial est plus que jamais l’affaire des grands pays industrialisés (les « anciens » et ceux qui le deviennent).

Marginalisation qualitative

La mise à l’écart de la majeure partie des PED ainsi que la percée des pays d’Asie s’expliquent, pour l’essentiel, par la nature de la spécialisation de ces pays. Depuis 1963 la part des produits manufacturés dans le commerce mondial s’est accrue, traduisant la forte croissance de leurs échanges. Inversement la part des produits primaires est tombée en 1999 à environ 20% du commerce mondial des marchandises. En dehors des à-coups dus à la hausse temporaire des prix de certains produits (pétrole, café, cacao…), la part des produits primaires dans le total des échanges de marchandises s’inscrit dans un trend décroissant. Cette décroissance ne fait que traduire la faible élasticité de la demande des produits primaires par rapport aux revenus : lorsque le revenu s’élève, la consommation de produits primaires ne s’accroît que faiblement. De multiples raisons permettent de l’expliquer : il s’agit notamment du jeu combiné des modifications de la consommation (loi d’Engel) et du progrès technique (apparition des produits de synthèse, miniaturisation, économies d’énergie).

Si les échanges internationaux continuent de s’intensifier pour les produits manufacturés (le rapport importations mondiales en volume sur demande mondiale est de 1,8 pour ces produits), des évolutions différenciées peuvent être décelées selon le stade du produit dans la chaîne de production. Les produits manufacturés de base (sidérurgie) voient leur part du commerce mondial marchandises diminuer. Inversement, les biens d’équipement et les biens de consommation ont gagné 4 points de 1976 à 1986 : en 1992, ils « pèsent » plus de 40% des échanges de marchandises.

Il est ainsi possible de dresser une typologie des pays exportateurs :

  • les pays principalement (plus de 50% de leurs exportations) exportateurs de produits primaires : figurent dans cette liste les pays de l’OPEP ainsi que la majeure partie de l’Afrique (Afrique noire essentiellement). Ces pays exportent sur des marchés à croissance lente en volume, et dont l’orientation des prix (sauf chocs exceptionnels) est à la baisse sur le long terme. Ils subissent donc la détérioration des termes de l’échange. Plus encore que la dégradation des termes de l’échange, bien délicate à mettre en évidence, le problème de ce groupe de pays réside dans la concentration de leurs exportations sur des produits régressifs (produits pour lesquels la demande mondiale stagne ou ne croît que faiblement : les produits primaires).
  • les pays principalement exportateurs de produits manufacturés : ce sont les PDEM, complémentaires des PED sur ce point. Ils réalisent toutefois l’essentiel de leurs échanges entre eux (échanges croisés de produits similaires). Ces deux catégories de pays (PED / PDEM) s’inscrivent dans ce qu’il est convenu d’appeler l’ancienne division internationale du travail (DIT), fondée sur la complémentarité entre Nord et Sud et sur la concurrence Nord Nord.
  • les pays intermédiaires, qui réalisent des excédents sur les produits manufacturés. Ils sont engagés dans un jeu d’échanges croisés, s’inscrivant dans le cadre de la nouvelle DIT, reposant davantage sur une logique de concurrence avec les PDEM. Avec les PDEM ils réalisent l’essentiel de leurs excédents industriels sur l’aval des filières (la confection dans le textile par exemple). Avec les PED traditionnels, ils sont exportateurs de produits industriels “lourds” (c’est-à-dire au sens du CEPII à forte intensité de capital : sidérurgie, chimie de base, moteurs et machines). Ce sont pour l’essentiel des pays d’industrialisation récente : les pays d’Asie du Sud-Est, le Brésil, le Mexique, l’Inde et la Chine. La part des produits primaires dans leurs exportations décroît rapidement.

(1) La part de l’Asie (tous pays d’Asie confondus, quelque soit le rythme de leur développement) au sein du commerce mondial des marchandises est passée de 22 % en 1990 à 27 % en 2000.

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