L’Allemagne a-t-elle encore choisie la voie solidaire ?

Introduction

La « voie solidaire » désigne l’orientation générale prise par la politique économique allemande au milieu des années 1970. Elle succède à ce qu’on a appelé par la suite la « voie solitaire », suivie par l’Allemagne du début des année 1960 au milieu des années 1970. Cette « voie solidaire » qui fit de l’Allemagne le moteur économique de l’union européenne est elle toujours de mise ?

L’Allemagne ne jouit plus aujourd’hui des mêmes atouts qu’au milieu des années 1970

La « voie solidaire » naquit dans des circonstances artificielles qui ne sont plus de mise

Des années 1960 au milieu des années 1970, l’Allemagne suit le chemin de la voie solitaire : dégradation des atouts initiaux de l’Allemagne (↑ inflation, ↑ chômage, ↓production manufacturière, ↓productivité du capital,…) alors que durant cette période ses partenaires européens connaissent une relative bonne santé.

La voie solidaire résulte d’un retournement de ces conditions : lors du sommet de Venise (1976), l’ALL accepte de relancer son économie alors même que les autres pays européens s’épuisent : elle devient la locomotive européenne, et s’engage alors dans la ‘voie solidaire’, qui connaîtra une relative convergence des rythmes de croissance.

&rarrow; aujourd’hui ces conditions particulières ne sont plus réunies : les économies sont liées par une politique monétaire unique, contrainte par les autorités de Bruxelles.

La puissance économique de l’Allemagne est considérablement amoindrie par la réunification.

La réunification grève le budget de l’ALL : 150 milliards de DM / an et l’Est n’est toujours pas économiquement autonome. Mais plus encore l’ALL souffre de la fracture culturelle Est / Ouest, échec de la politique de KOHL

Notons également le paradoxe social de l’ALL des années 1990 : combiner un des systèmes de protection sociale les plus performant au monde avec une démographie déclinante.

Le différentiel de qualité / productivité entre l’ALL et ses partenaires s’est considérablement réduit.

La qualité des produits allemands qui les ont longtemps soustrait à l’élasticité prix est aujourd’hui confrontée à la concurrence des autres pays de l’UE, qui savent aussi produire dans la qualité.

&rarrow; les conditions spécifiques à la voie solidaire ne sont plus aujourd’hui d’actualité, d’autant plus que la compétitivité de l’ALL s’est fortement amoindrie ces 10 dernières années, notamment à cause de la réunification.

L’Allemagne conserve néanmoins un rôle de leadership au sein de l’union européenne

Le Deutsche Mark (DM) est devenu la seconde monnaie de réserve mondiale et la seconde monnaie de paiement mondial.

En 1985 le DM = 15% des réserves des 76 membres du FMI ($=65%) / 15% du commerce mondial est facturé en DM. De 1950 à 1985 le DM s’apprécie annuellement de 3 à 4 % / an par rapport aux monnaies européennes.
L’ALL est la première puissance démographique en Europe, même si sa démographie est en crise.

L’Allemagne est en fait le relais des EU en Europe

Le succès apparent de la réunification allemande, qui a dopé les positions extérieure de l’ALL, est en grande partie du au soutien américain de BUSH a KOHL. Ce soutien sera renouvelé par CLINTON qui lors d’un discourt devant la porte de Brandebourg confie à l’Allemagne le rôle d’assurer le « leadership européen ». Qui peut contester dix ans après la réussite de cette entreprise ?

L’Allemagne s’émancipe progressivement hors du couple « franco-allemand »

En effet l’Allemagne sera bientôt au centre de la nouvelle Europe élargie aux pays de l’est. La France souffre d’un complexe d’infériorité dont l’ALL sait très bien se jouer.

Conclusion

L’Allemagne de l’an 2000 diffère profondément de l’ALL des années 1970. Elle ne jouit plus de la même ultra performance économique mais pour autant continue d’insuffler à l ‘Europe ses vues et ses ambitions. Témoigne de cette émancipation allemande la mise en perspective progressive du couple franco-allemand. On ne peut donc plus affirmer que l’ALL suive réellement une voie solidaire car son initiative économique n’est plus spécifiquement dictée par la réussite européenne mais par sa propre réussite. Peut être peut on attribuer ce virement d’objectif à la réunification allemande, qui dopa les positions extérieures allemandes.

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