Correction de sujet de . Sujet: Faut-il enterrer le passé ?

Corrigé : Faut-il enterrer le passé ?

Sympa, pour un sujet de rentrée…

La clé du sujet est  » enterrer « . Voyage, donc, en polysémie.

Enterrer fait presque immédiatement référence à une sépulture. Le sujet pourrait ainsi devenir : peut-on laisser le passé tel un mort sans sépulture ? Enterrer le passé serait ainsi faire oeuvre de salubrité publique. Mais de quelle sorte de sépulture peut-il bien s’agir ? De l’anonymat, de l’oubli d’une fosse commune ? Mais ici, il ne s’agirait pas vraiment d’un enterrement, plutôt d’un effacement, parfois involontaire, de la mémoire (c’est ici que l’on pourrait intégrer Bergson affirmant que l’oubli n’est, pour la mémoire, qu’une mesure de protection, pour ne pas être saturée). Ou, au contraire, d’un vrai mémorial ? Dans ce dernier cas, l’enterrement ne serait pas un simple oubli mais, au contraire, consécration, reconnaissance, sacralisation, véritable accès à la  » vie éternelle « .

Enterrer, ce peut être aussi, et au contraire de l’idée première l’assimilant à une mort, un moyen de protéger, de mettre hors d’atteinte, de conserver, quitte à exhumer plus tard. On rejoint ici l’idée de sacralisation : enterrer le passé pour le protéger, c’est le protéger contre une vulgarisation, une banalisation trop importante dans le présent. Plus clairement : la sur-médiatisation d’un événement tue cet événement. Il en va de même pour le passé : une trop grande exposition au présent le tuerait sans aucun doute.
Enterrer le passé, cela fait aussi signe vers une autre question : ce passé est-il vraiment mort ? Non, puisque nous en parlons et, ce faisant, nous lui réintégrons un peu de présent, en même temps que nous le réintégrons un peu, et un peu seulement, au travers de célébrations diverses mais ponctuelles, dans le présent. Car le réintégrer dans le présent révèle un autre danger : reculer le présent dans le futur (nous parlons ici du temps vécu, non scientifique) et risquer, ainsi, que le présent ne puisse plus passer.

Arrivés à ce point, une petite histoire s’impose.

Thèbes, quelques années après la mort d’ OEdipe. Polynice, fils d’ Oedipe organise une guerre contre son frère, Etéocle, alors roi de la ville. Au cours du siège, les deux frères meurent. Créon, nommé alors régent, ordonne d’enterrer, avec tous les honneurs, Etéocle et de laisser le cadavre de Polynice pourrir au soleil, prêt à sombrer dans l’oubli. Antigone s’y oppose et enterre son frère.
Antigone, c’est le Présent ( » Je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier « , Anouilh). Et ce présent exige de ne pas vivre dans le futur ( » votre sale espoir « , op. cit.), ni dans le passé . C’est aussi pour cela qu’elle enterre son frère ? Car vivre dans le passé est impossible. On ne peut laisser de cadavres à l’air. Cela attirerait les mouches (cf. Sartre), et condamnerait les hommes à l’absence de présent, donc d’avenir, donc de liberté, donc de vie véritable.
Elle l’enterre aussi pour le préserver, pour préserver son corps, pour le préserver de l’oubli. Pourquoi ? Les mouches symbolisent le mécontentement général, formé de mécontentements particuliers. L’enterrer, c’est, d’une certaine manière, le mettre à égalité avec son frère, le  » héros « . C’est donc une façon d’éteindre le conflit qui les séparait. C’est le refus de la violence, du cycle, ou de l’escalade de la violence (voir à ce sujet René Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair) : toute violence appelle vengeance, donc violence. Antigone, comme le Christ, s’y oppose, préservant le Présent du Passé, violent. Le triomphe de Créon signifie la mort (l’enterrement !) du Présent-Antigone au profit d’un passé peu glorieux mais politique. (ceci est un  » paragraphe  » destiné à réfuter toute idée d’un enterrement sélectif)

Dans un autre registre, les fondations de toute demeure, donc de tout lieu de vie, du présent, sont, elles aussi, enterrées.
L’équation enterrer=oublier était un peu trop simple (pourquoi ne pas avoir posé oublier le passé, sinon ?).

Voilà, en bonus, une proposition de plan. Il est de type dialectique, assez banal. D’où la nécessité de l’  » arranger « , i.e. :changer les titres, volontairement caricaturés ici, ménager les transitions, bref mener une véritable réflexion-discussion et, bien sûr, développer les exemples ici très résumés. De plus, le plan lui-même est à remanier, car il est, de ci de là, un peu bancal. Il est juste ici pour stimuler les neurones.

Introduction

Intro : définir absolument le terme d’  » enterrer  » : reconnaître que le passé est mort, et qu’il est, ainsi, d’une certaine manière, conservé.

Il ne faut pas enterrer le passé, pour préserver notre liberté.

a) L’oubli, nécessaire. Cf. Bergson : oublier pour empêcher une saturation de la mémoire, donc du présent.

b) De la même manière, la mémoire freine l’action : Freud, par exemple. L’inconscient resurgit sans cesse, troublant notre vie. Le passé devrait donc être effacé, dégagé de toute charge psychique, bref, de tout souvenir.

c) Allons plus loin : le passé est à la base (enfin, c’est une base…) de la mauvaise foi sartrienne. Le conserver, c’est conserver une possibilité d’expliquer nos actes par notre passé, c’est invoquer une sorte de pseudo-déterminisme, invoquer notre absence de liberté, de libre-arbitre, d’humanité.

Il faut enterrer le passé, pour préserver le présent

a)Transition : un enterrement sélectif. Cf. Créon

b)Elargissement : l’histoire d’Antigone : un enterrement, une conservation, total, sans  » discrimination « , pour préserver le présent de sa violence .

c)Enterrer le passé, c’est aussi enterrer les fondations du présent. (Classique à outrance)

De l’impossibilité de s’y résoudre

a) Parallèle avec le I-b : on ne peut  » dé-psychiser  » le passé, par le fait même que nous sommes homme, donc avec une mémoire affective.

b) Enterrer le passé, c’est aussi enterrer un peu de présent, un peu de soi, un peu de son histoire, c’est condamner à ne plus voir, à ne plus vivre ce passé (nostalgie : en grec, la maladie du retour [impossible, d’où un malaise]), devoir reconnaître qu’il est mort. Peur de l’oubli ( » loin des yeux, loin du coeur « , à ne pas citer dans une copie, tout de même…), d’où un devoir (sic !) de mémoire…

c) Nous ne voulons pas enterrer le passé car cela nous ôterait l’espoir, pour nous, d’accéder à la vie éternelle. En d’autres termes, la peur de la mort, mais une peur viscérale, inavouée, inconsciente, nous en empêche.

Conclusion

Conclusion : Il faut enterrer le passé, sans s’enterrer soi-même, i.e. sans enterrer ses sentiments.

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