Les origines de la philosophie

Basé sur le livre de Pierre Hadot: Qu’est-ce que la philosophie antique?

Les présocratiques et les premiers sophistes

Qu’est-ce que la philosophie antique ? débute par un chapitre s’intitulant  » La philosophie avant la philosophie « , laissant sous-entendre que la philosophie comme démarche est comme genre de vie est antérieure au mot même qui la désigne et se présente comme une aspiration constante de l’esprit à la perfection.

En effet ceux que l’on a coutume d’appeler les présocratiques et qui en référence à ce qu’écrit Aristote dans La Métaphysique sont considérés comme les premiers philosophes ne connaissaient pas, semble-t-il, le mot même de philosophie qui ne serait apparu que plus tardivement vers le Ve siècle av. J.-C.

S’ils se rapprochent des philosophes, tels que les définira plus tard Platon, c’est parce qu’ils sont les premiers à substituer à une cosmogonie mythique, une théorie rationnelle du monde, c’est-à-dire ne reposant plus sur des forces personnifiées, mais sur des réalités physiques. Dans cette optique la philosophie est d’abord science expliquant l’origine du monde, de l’homme et de la cité.

Cependant la tradition grecque ne connaît pas que cette forme de philosophie, si l’on entend par philosophie la recherche de la sagesse, celle-ci se gagne aussi par ce que les hommes se transmettent et c’est pourquoi l’éducation (la paideia) jouera dans la culture grecque un rôle réellement fondamentale. C’est en effet par cette éducation que le jeune homme pourra conquérir cette valeur fondamentale qu’était l’aretê, qui était pour les grecs de l’antiquité la vertu suprême. Ce terme d’ailleurs souvent traduit par vertu ne doit bien entendu pas être compris ici dans le sens judéo-chrétien, mais au sens de noblesse comme le fait remarquer P. Hadot ainsi que d’ailleurs A. Koyré dans son Introduction à la lecture de Platon . Par aretê il faut donc entendre une aspiration à la perfection de soi à la fois en tant qu’homme et en tant que citoyen, ce qui pour un grec n’est d’ailleurs pas dissociable.

Cependant cette vertu peut être comprise de différentes façons selon que l’on se réfère à un idéal aristocratique ou que l’on cherche à s’imposer dans la société démocratique. Très rapidement la démocratie va engendrer à Athènes  » des luttes pour le pouvoir  » et apparaîtront les sophistes qui en opposant la loi (nomoi) et la nature (phusis) vont cultiver le désir du pouvoir chez les jeunes athéniens et leur proposer de leur enseigner, en échange d’un salaire, l’art de bien parler afin de convaincre ceux que l’on veut dominer.

Ces sophistes souvent étrangers à la culture traditionnelle d’Athènes furent des  » professionnels de l’enseignement  » et l’aretê ne désignera plus cette excellence conquise par l’effort sur soi et l’expérience de la vie, mais une compétence en matière politique afin d’occuper une place de choix dans la cité.

Jusqu’à présent nous n’avons donc pas encore rencontrer la philosophie à proprement parler, mais un savoir une compétence ayant pour but de servir à celui qui le possède en vue d’autre fin que cette perfection de soi évoquée précédemment.

La science n’est en effet élaborée et cultivée jusqu’à présent que d’une manière qui reste instrumentale, soit elle joue le rôle d’un système explicatif du monde (Elle relève plus de l’historia ou enquête que de l’expérience éthique et spirituelle) pour les présocratiques, soit elle se présente comme un savoir-faire source d’une compétence politique chez les premiers sophistes.

A ce niveau de développement du savoir la philosophie n’a donc pas encore pris son véritable essor, on peut même s’interroger quant à savoir si elle a véritablement vu le jour, dans la mesure où, d’une part la sagesse comme science unie à une vertu n’est pas véritablement posée comme fin en soi, et d’autre part pour la simple raison que souligne P. Hadot que le mot même de philosophie n’est pas encore apparu dans le vocabulaire de ceux qui étaient censés détenir la science jusqu’au Ve siècle.

Et si le mot philosophie apparaît pour être utilisé de façon plus courante dans l’Athènes du siècle de Périclès, il désigne tout d’abord une disposition pour la sophia envisagée comme  » culture intellectuelle et générale « , cependant la question reste posée de savoir ce qu’il faut entendre par sophia, dans la mesure où à cette époque aucune définition philosophique de cette notion n’a encore été donnée.

Comme nous l’avons déjà souligné le terme de sophia reste pour nous ambigu ce qui explique que nous le traduisions aussi bien par science que par sagesse. Bien que ces deux termes soient loin de s’exclure, la thèse de P. Hadot consiste d’ailleurs à montrer en quoi ils sont indissociables, il n’est pas certain qu’ils désignaient initialement la même chose que pour nous chez les grecs de cette période.

Avant d’avoir la signification philosophique que nous lui connaissons, ce terme désignait tout d’abord un savoir-faire technique (permettant d’agir tant sur les choses que sur les hommes puisqu’il peut aussi s’agir de » l’habileté avec laquelle on sait se conduire avec autrui « ) ou poétique, dans cette dernière acception le caractère spirituelle et sacré de la parole et du discours est déjà affirmé, puisque le poète est celui qui dialogue avec les muses pour accéder dans une vision cosmique à la contemplation de  » ce qui est, ce qui sera, ce qui fut  »

Mais si l’on en est pas encore à l’avènement de la philosophie véritable c’est que l’on a pas encore affaire à une pensée s’interrogeant sur elle-même et sur ses propres principes, il ne s’agit pas encore de l’interrogation s’interrogeant sur elle-même, aspirant à une sagesse qu’elle ne trouvera peut-être jamais, mais qui pose le salut de l’âme non dans la possession du savoir, mais dans sa recherche qui détermine un certain genre de vie porteur de sagesse.

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