Au Royaume-Uni, Oxford est touchée par la crise
LE MONDE | 09.02.09 | 15h09
La prestigieuse université d'Oxford et les 38 "colleges" qu'elle fédère sont un monde en soi, mais il n'est pas à l'abri des turbulences économiques. Comme l'ensemble des universités britanniques, Oxford subit les contrecoups de la tempête des subprimes et de la crise économique qui en a découlé. Rien qui ne soit catastrophique mais, sur l'année universitaire qui s'achèvera le 31 juillet 2009, l'institution prévoit un "léger déficit", après un bénéfice de 5,9 millions de livres (6,7 millions d'euros) en 2007-2008.
Ses revenus - 754,7 millions de livres en 2007-2008 - proviennent de fonds publics, répartis entre l'enseignement (186,2 millions) et la recherche (122,9 millions), des frais de scolarité des étudiants et de subventions diverses pour les bourses (110,4 millions), des revenus de ses placements constitués pour l'essentiel de donations (33,9 millions), de contrats de recherche avec des entreprises (14,2 millions) ou avec des organisations caritatives (94,7 millions), mais aussi d'activités qui lui sont propres comme, par exemple, l'édition (Oxford University Press), qui lui a rapporté 36,6 millions l'an passé.
La dégringolade des Bourses depuis l'été 2007, quand les premiers signes de la crise des subprimes sont apparus, a d'abord affecté la valeur des placements d'Oxford. En octobre 2008, ils étaient valorisés à 592,5 millions de livres, contre 688,6 millions en juillet 2007. L'université relativise, arguant que les rendements de ces placements "ne représentent que 4,5 % de (ses) revenus annuels". Et qu'à terme, les marchés finiront bien par repartir à la hausse.
Pourtant, sur les quelque 100 millions de livres de pertes virtuelles pour Oxford, 31,25 millions pourraient ne jamais réapparaître quand bien même les Bourses remonteraient : il s'agit des sommes qu'Oxford a déposées auprès de trois banques islandaises qui offraient des rémunérations très importantes, mais qui ont fait faillite depuis. L'argent est aujourd'hui bloqué, comme d'autres dizaines de millions déposés par des communes, des hôpitaux, des organisations caritatives et d'autres universités sur des comptes islandais. Par ailleurs, Oxford a lancé, en mai 2008, un appel à des fonds pour 1,25 milliard de livres, "le plus gros appel lancé à ce jour par une université européenne", déjà souscrit pour moitié. La seconde moitié s'avérerait plus difficile à lever.
"La récession devrait également affecter les fonds publics que reçoit Oxford", prévient John Hood, vice-chancelier de l'université. Oxford s'attend à un "recul substantiel", qu'elle se refuse aujourd'hui à chiffrer, des financements publics destinés à l'enseignement. La recherche, elle, devrait plus être affectée par des coupes dans les budgets que les entreprises et les organisations caritatives lui consacrent.
La crise pourrait par ailleurs décourager certains étrangers de venir étudier à Oxford, comme cela s'est produit après la crise asiatique de 1997. Or les étudiants étrangers, dont les frais de scolarité ne sont pas plafonnés contrairement à ceux de leurs homologues britanniques, sont une source substantielle de revenus. Les étudiants étrangers représentent 21,7 % des effectifs d'Oxford (20 014 étudiants), mais près de 50 % des frais de scolarité qu'elle perçoit.
Enfin, la crise financière a fait chuter la valeur du fonds de pension d'Oxford, qui paye les retraites de ses salariés : celui-ci est aujourd'hui en déficit de 43 millions de livres.
Lord Chris Patten, le chancelier de l'université d'Oxford, par ailleurs connu pour son engagement conservateur, pourrait trouver dans cette crise de nouveaux arguments, lui qui milite de longue date pour une hausse des frais de scolarité.
Virginie Malingre
Article paru dans l'édition du 10.02.09

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