Deux ans après : pourquoi avoir cubé?

C’est un sujet qui déchaîne souvent les passions sur le forum ; je ne parlerai ici que de mon cas, car il s’agit d’une décision extrêmement personnelle. Cela pourra peut-être être utile à des élèves qui ont le profil que j’avais, mais n’est en aucun cas une apologie du cubage!

J’ai passé mes deux premières années de (voie ECE) au lycée Claude Monet, qui accueille deux classes de (bizut et ) et est surtout réputé pour sa prépa littéraire. Ces dernières années, Monet a connu une certaine perte de vitesse, même si les bons éléments s’en tiraient toujours avec une bonne école ; la philosophie de l’enseignement était néanmoins dirigée vers le concours Ecricome plus que vers le top 5.

Je souhaiterais insister sur ce point : je pense que l’ambiance de travail et les efforts fournis par les élèves ont été conditionnés par les résultats précédents de la prépa et la mentalité des professeurs. Ils partaient en effet pour la plupart avec peu d’intérêt pour le niveau général du groupe et le niveau visé, et semblaient en fait trop « académiques » dans le sens où ils ne nous préparaient pas à un concours mais à un examen comme un autre.

J’ai donc eu l’impression que, comme au lycée, je pouvais m’en sortir honorablement sans trop travailler – et n’ai en fait rien fait en maths pendant deux ans. Je remettais tout au lendemain et ne faisais pas confiance à mes professeurs : c’était une sorte de cercle vicieux auto-entretenu. Même si je me débrouillais dans les matières littéraires, j’étais très irrégulier en culture générale et n’ai su que très tard faire une dissertation digne de ce nom. Je me sentais néanmoins très bien dans ma prépa, car l’ambiance entre élèves était bonne, souvent insouciante.

J’étais en permanence dans un rôle : celui du véritable élève en prépa. Je faisais semblant d’être écrasé par les contraintes, me plaignais des maths après quelques essais infructueux, m’entourait de bouquins en espérant naïvement qu’ils m’insuffleraient leurs connaissances, traînait plus qu’autre chose à la bibliothèque – j’y allais sans grande conviction, pour travailler un peu et surtout me déculpabiliser. Bref, j’étais inefficace!

Est venu le temps des concours. Même avec des lacunes gigantesques en maths (je ne connaissais rien du tout à l’algèbre linéaire), je pensais pouvoir être admissible à une bonne école comme Audencia. La désillusion fut forte : je n’étais admissible « qu’aux » Ecricome, et j’avais obtenu des résultats pitoyables en maths à la BCE (1,3 en Maths II ESSEC, 1,6 en Maths III HEC, moins de 7 à l’Edhec, 3 à l’EM) et passables en analyse économique. Je n’avais tout de même passé ni HEC ni l’ESSEC, conscient que cela ne servirait à rien vu leurs barres d’.

 

Durant mes oraux, je tombai sous le charme de Rouen Business School et espérait vraiment y être admis : là encore, faute de préparation suffisante et d’une bonne connaissance des exercices oraux, je ratai Rouen et Reims et fus admis à BEM (Bordeaux Ecole de Management). Je décidai quand même d’y aller, en traînant les pieds, et cherchai un appartement. Mes dossiers de demande d’ en prépa en tant que n’avaient rien donné de positif, et j’avais sans trop d’espoir déposé mon dossier à Intégrale après un entretien rapide avec le directeur. Ce dossier est disponible sur le site d’Intégrale : on y demande les relevés de notes depuis le bac, celui des concours, les appréciations des professeurs ; une lettre de motivation fait généralement bonne impression – en plus du fait de venir demander un entretien au lieu de déposer simplement le dossier – et cuber avec des camarades de la même prépa est un plus. Je savais être pris en à Monet, mais n’avais guère envie d’y retourner.

Coup du destin, la réponse positive d’Intégrale tombe alors que je m’apprêtais à louer un appartement à Bordeaux… Se pose alors la question de savoir que faire. Avant cet appel, je n’étais ni motivé, ni démotivé à l’idée de cuber ; vivre à Bordeaux et aller à BEM ne m’enchantait pas mais ne me déprimait pas. Ma marraine de prépa m’avait accueilli et raconté son propre cheminement : elle avait été fortement déçue et avait déprimé en première année, et était ensuite repartie d’un bon pied, en s’intégrant dans la vie de l’école, en s’attachant à un noyau dur d’amis. J’étais pour ma part perdu – je n’avais en plus jamais vécu seul, je n’avais pas vraiment de soutien de mes parents – et cet appel fut l’occasion d’une longue réflexion. Je pris en compte les critères suivants en sachant que j’étais maintenant accepté en cube à Intégrale :

  1. – Je n’aurais pas à cuber à Monet, dans une classe « mélangée » (carrés et cubes) avec les mêmes professeurs et le même « air »;
  2. – Je n’avais pas les moyens de cuber à Intégrale mais pouvait souscrire un emprunt à taux préférentiel dans une certaine banque partenaire;
  3. – J’habitais à Paris à trois stations de métro des locaux de l’avenue Paul Doumer (moins de fatigue, possibilité de rentrer chez moi déjeuner);
  4. – Je sentais que j’avais passé ces deux années à moins de 30% de mes capacités de travail et m’en voulais d’avoir perdu ce temps;
  5. – Je me sentais capable de me remotiver pour refaire une année et estimais avoir assez d’énergie pour ce faire;
  6. – Une rapide comparaison des résultats d’Intégrale/Initiale à ceux de Monet m’indiqua que j’avais statistiquement bien plus de chances d’avoir une top 5 en cubant là-bas que dans ma prépa d’origine;
  7. – Je ne m’étais pas senti bien ou soulagé en choisissant BEM – preuve s’il en faut que je n’avais pas vraiment passé les concours à fond;
  8. – D’une manière générale, mon choix s’était fait par défaut et d’une manière peu spontanée : pourquoi alors choisir une école dans laquelle je ne me sentirais pas « à ma place »?
  9. – Deux amis de Monet – dont un proche – avaient aussi pris la décision de cuber à Intégrale : je ne serais pas seul en terre inconnue et j’étais sûr que ce serait une source de motivation supplémentaire vu leur niveau.

Tous ces critères firent définitivement pencher la balance en faveur de la cube, et c’est ainsi que j’intégrai une grosse prépa privée alors que je venais d’une petite prépa publique…Ne sachant pas encore à quelle sauce je serais mangé (mais me doutant que cette année serait bien plus douloureuse et enrichissante en même temps), je rentrai à Paris et me mis à la fin de l’été à ficher un tout-en-un de mathématiques de 1ère année.

Je le répète : cette décision a tenu à beaucoup de facteurs personnels (un certain orgueil, des remords et regrets, de l’énergie, une situation familiale particulière, etc.) et je ne l’explique pas pour en faire un exemple à suivre!

Bon courage au préparationnaires qui passent les concours, en deuxième année, songent à la cube ou rentrent tout simplement en prépa.
Je parlerai dans mon prochain article de la classe de cube d’Intégrale.

Hirako

ESCP Promotion 2014
Modérateur du forum de prepa-hec.org

 

2 Commentaires

  1. Bonsoir Hirako,

    Je suis sakhina et je veux vous remercier pour toute ces informations détaillées et très inintéressantes que vous partagez avec nous .
    Je vais probablement faire ma rentrée en CPGE ECE de Claude Monet ce septembre et j’aimerai vous poser quelques questions sur les professeurs et leur pédagogie , si vous ne voyez pas d’inconvénients.
    Est-il possible d’avoir svp une adresse mail ou tout autre pour entrer en communication avec vous svp ?
    Sinon , si vous le souhaitez, je peux laisser mon adresse mail….

    Merci d’avance 🙂  

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