La réforme des Chambres de Commerce et d’Industrie, dite loi relative aux réseaux consulaires, au commerce, à l’artisanat et aux services qui a été adoptée lors du conseil des ministres du 29 juillet 2009 renforce du niveau régional le rôle des CCI au niveau de la formation (document-cadre voté par l’assemblée générale exceptionnelle de l’ACFCI le 14 avril 2009)
Cette réforme, dans le cadre du mouvement général des politiques publiques lancé par les pouvoirs publiques, a pour but de rationaliser le rôle et l’action de l’ensemble des Chambres de Commerce et d’Industrie. En particulier, elle vise à mutualiser les moyens, à harmoniser les politiques de développement des territoires et à offrir une qualité de service supérieure, notament en termes de formation. Cette reforme confirme aussi les principes de la mise en place des PRES (Pole de Recherche et d’Enseignement Supérieur) par région.

Dans ce contexte, la présence de deux écoles de commerce à Bordeaux et Pau, dépendantes de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), dans la même région, distantes de seulement 200 km et offrant des formations similaires (formations généralistes en management) et même concurrentes, parait être une contradiction, voire une aberration. Pour les étudiants d’abord, principaux financeurs des deux écoles (via les frais de scolarité) qui voient sur le même territoire des offres de formation semblables et dont la qualité et la reconnaissance pourrait être accrue par une mutualisation des moyens financiers et humains. Pour les entreprises également qui financent aussi ces structures (via la taxe professionnelle et la formation professionnelle) et dont la contribution pourrait être grandement optimisée par une amélioration de l’offre de formation et de services.

Ce besoin d’optimisation des ressources financières est d’autant plus pressant que la compétition désormais internationale entre écoles de management, le développement de la recherche et les programmes d’accréditation (EQUIS, EPAS, AACSB, AMBA et ISO) nécessitent des financements de plus en plus importants. Le budget 2008 de Bordeaux Ecole de Management s’établissait a 25 millions d’euros et celui de l’ a 12 millions d’euros. Un budget global de 37 millions d’euros, une nombre d’étudiant dépassant 4 200, 143 professeurs permanents, associés et affiliés placeraient le nouvel ensemble aux avant postes des écoles de management.

Ce mouvement de concentration a déjà débuté dans de nombreuses chambres de commerce (ESC Tours – ESC Poitiers, ESC Lille – Sup de Création – IAE Lille – CERAM, ESC Toulouse – IAE Toulouse, EM Strasbourg – IAE Strasbourg, ICN Nancy – ESIDEC Metz, ESC Le Havre – SUP Europe CESEC Caen) ou est en discussion dans d’autres régions notamment en Bretagne (la question de la  entre les ESC Brest et de Rennes est régulièrement évoquée)
A noter également que dans le cas des CCI Bordeaux et de Pau, la multiplication des offres de formation se retrouve au niveau « bachelor » (licence) où la plupart des CCI ont développé leur propre cursus. L’exemple le plus significatif est la présence autour de Pau (en plus du cursus IFSAC de l’ESC Pau), d’un cursus similaire a 50 mn (EGC Bayonne / CCI Bayonne) et a 25 mn (EGC Tarbes / CCI Tarbes), en « compétition » bien sur avec l’IAE de Pau et de Bayonne…

Si cette optimisation et rationalisation des cursus de formation est indiscutablement nécessaire, elle peut rencontrer cependant l’opposition de responsables locaux qui dénoncent la fin d’une offre de formation de proximité au service des entreprises locales. Or, la fusion d’écoles ne signifie nullement la disparition d’établissements ni de l’offre de formation locale. Bien au contraire, elle ne saurait que la renforcer comme l’illustre l’ESCEM, née de la fusion de l’ESC Tours et de l’ESC Poitiers, dont le développement dans les deux villes est éloquent. Par ailleurs, offrir des formations de plus grande qualité, n’est ce pas le premier accompagnement des entreprises que doivent offrir chaque CCI en matière de formation – Enfin, cet argument est en contradiction avec les récentes décisions stratégiques de ces deux écoles qui se développent à Dakar (BEM Dakar) ou encore à Paris ! (l’ESC Pau gère depuis 2 ans l’Institut International de l’Immobilier à Paris)

La fusion ESC Pau – EM Bordeaux, comme d’autres fusions d’établissements passées ou à venir, prends de plus en plus de sens dans un contexte de course aux moyens pédagogiques et de compétition internationale des établissement de formation. Il en va de la survie des écoles de commerce, de leur reconnaissance et de la compétitivité des territoires concernés.

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